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Le désarroi des éleveurs porcins

La flambée du prix des céréales frappe de plein fouet les éleveurs porcins. Une crise qui commence à faire de sérieux dégâts dans leurs rangs. L’augmentation du prix de l’aliment provoquée par l’envolée des cours des céréales, peut, selon certains spécialistes, coûter la bagatelle de 35 000 € à un élevage de 100 truies naisseur-engraisseur. Le prix du porc, à la baisse (cours du 8 octobre: 1,149€), ne permet pas de compenser cette augmentation du coût de production.

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Porcelets à la soupe. De plus en plus chers à nourrir… (photo CDMP)

En Isère, on recense une cinquantaine d’éleveurs porcins (un chiffre multiplié par 6 si l’on considère les petits élevages, à partir d’un animal). François Orlowski, à Saint-Clair-sur-Galaure, est l’un d’eux. Installé en SCEA, il fait des produits très élaborés, avec des races particulières. Du « porc de laboratoire ». Du haut de gamme. Recherché. Malgré tout, il est, comme les autres, frappé de plein fouet.

« C’est un grave coup porté à la production, même si ce n’est pas vraiment une crise de la viande de porc. On a vu des prix plus bas dans le passé. Mais un tel prix de l’aliment, c’est du jamais vu. En septembre 2006, je payais l’aliment porc charcutier 176€/tonne. Aujourd’hui, soit un an plus tard, je le paye 242€/tonne. Il a pris 66€ en un an ».

Et malgré votre production qualitativement très ciblée, vous avez du mal à conserver une plus-value?

« On arrive à avoir des niches commerciales pour les porcs et porcelets mais on est obligés de respecter le cadran (l’outil actuel de fixation du prix du porc). Et avec mes produits, j’arrive juste à un prix plancher équivalent au coût de la production. Et quoique je fasse, je perds de l’argent avec les porcs charcutiers ».

A ce sujet, la confédération paysanne estimait dernièrement que , « la crise actuelle démontre que le cadran est complètement inadapté. Elle démontre la nécessité de mettre en place un outil de fixation du prix du porc, indexé sur les coûts de production réels ». La Confédération paysanne estime que ce travail aurait dû être engagé depuis longtemps par l’interprofession porcine INAPORC.

Comment réagissez-vous par rapport à cette situation qui pénalise votre travail?

« Je me demande vraiment ce qu’il faut que je fasse. Que je me spécialise sur le porcelet? Possible. Mon élevage de porc charcutier n’est plus rentable. Bref, je ne peux pas envisager l’avenir. Gel des investissements, trésorerie plus que tendue, c’est ce qui caractérise les élevages. On pensait être sortis d’une crise qui a duré trois ans. On retombe dans une autre… »

A votre connaissance, cette conjoncture a t-elle contraint certains à cesser leur activité?

« Je pense que beaucoup d’élevages moyens ont préféré arrêter. Il faut dire qu’auparavant, la grille de paiement du porc a été modifiée au détriment du producteur. En gros, une perte de 4 centimes. Si l’on ajoute la taxe d’équarrissage, il y a deux ans, l’apparition de la maladie d’amaigrissement du porcelet (MAP), on comprend les raisons de ce découragement. Et puis se pose le problème du renouvellement de ces élevages. Les reprendre dans des conditions pareilles, qui le fera? »

Beaucoup d’obstacles, comme on le voit avec cet éleveur isérois, s’accumulent en travers de la production porcine. François Orlowski en ajoute un dernier: la raréfaction des lieux d’abattage:

« Il n’y a plus d’abattoir sur le secteur. Celui de La Côte-Saint-André va fermer, celui de Chambéry également. L’abattoir de Bourg-en-Bresse devrait fermer le 28 décembre. Il nous reste Grenoble ou Romans ou Tarare. Mais ça ne nous facilite pas la vie ».

Cet article a été écrit par:

Christian - qui a écrit 2027 articles sur Sillon 38 – Le journal du monde rural – (38) Isère.


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