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En radeau sur l’Isère

Grosse affluence sur la passerelle Saint-Laurent pour saluer les radeliers

Tous sur le pont ! Le message est passé. Même s’il a fallu un peu de temps pour bien comprendre les tenants et aboutissants de l’événement. L’association Trans’savoir-faire, qui s’est fixé pour objectif de faire partager une vision commune de la vallée de l’Isère autour de l’eau et des savoir-faire, avait pris possession de la passerelle Saint-Laurent ce matin et annoncé la couleur aux Grenoblois  qui traversaient l’Isère pour se rendre à  la brocante en rive droite. En installant le patron des bateliers, saint Nicolas, dans sa barque au milieu de la passerelle, les questions n’ont pas manqué. Et petit à petit, on a compris qu’il s’agissait de faire  remonter le passé à la surface.

« C’est quoi les radeliers ? » « Et à quelle heure vont-ils passer ? » « Et qui c’est ce gars-là dans sa barque ? »

Saint Nicolas, patron des radeliers installé au milieu de la passerelle Saint-Laurent! Pas banal.

Après une enquête approfondie, donc, voilà ce qui se tramait : une sorte de reconstitution historique. Les radeliers d’antan étaient de retour sur l’Isère.  En clair, cela signifie qu’un véritable radeau, fait de troncs d’arbres et piloté par un équipage aguerri, a descendu l’Isère, de Saint-Ismier à Sassenage. Une façon pour l’association de rappeler l’importance de la navigation sur l’Isère jusqu’à la fin du 19e siècle. Le flottage, c’est à dire la descente des bois issus des forêts de l’Isère, assemblés en radeaux, a également permis de transporter toutes sortes de marchandises.La filière bois passait par l’eau.
Un retour sur plusieurs siècles d’histoire que les riverains avaient zappé pour la plupart.

Plusieurs siècles de commerce fluvial

C’est un fait : en se promenant sur ses berges aujourd’hui, difficile d’imaginer que cette rivière a été durant plusieurs siècles le maillon essentiel des échanges commerciaux entre les vallées alpines et les rivages méditerranéens ! Trans’savoir-faire souligne que l’essor industriel observé dès le milieu du 18e siècle a beaucoup contribué au développement des moyens de transport sur ce cours d’eau qui apparaissait à l’époque comme une solution rapide, peu coûteuse et surtout moins risquée que les routes… Malgré un débit changeant selon les saisons et de fortes différences topographiques ici ou là, depuis la Combe de Savoie jusqu’à sa confluence avec le Rhône, l’Isère était bel et bien « flottable » et même « navigable » en période de « basses eaux », soit de mars à mai et de fin juillet à fin novembre.
Jusqu’à la construction de la ligne de chemin de fer de Valence à Grenoble en 1860, la rivière Isère est utilisée pour les transports de fort tonnage. Vers 1840 on estime que 35 000 tonnes de marchandises circulaient chaque année sans compter les bois de flottaison qui constituaient les radeaux.
A Beaulieu, par exemple, on construisait des radeaux en assemblant des troncs de dimensions impressionnantes : 24 mètres de long et 9 de large. Ils transportaient jusqu’à vingt tonnes de charge (tuiles, briques, blocs de tuf, piquets, échalas) et ils étaient manoeuvrés par sept à dix hommes. Arrivés à destination, (Avignon, Arles, Baucaire), le fret déchargé, les billes de bois étaient vendues pour les constructions. Les bateaux descendaient l’Isère au fil de l’eau. À la remontée, deux ou trois bateaux en remorque et chargés de céréales, de sel, de sucre et autres marchandises en provenance de Marseille étaient tirés, à contre courant, par vingt paires de boeufs depuis les chemins de halage.

La Durance solidaire de l’Isère

A la question, « qui sont les radeliers ? », ceux que nous avons vu passer vers midi sous les ponts de l’Isère, l’association apporte une réponse précise : « Ce sont des radeliers de la Durance ». Pourquoi eux ? « Parce qu’ils ont de l’expérience. Depuis une décennie, cette équipe organise une manifestation annuelle sur la Durance », naviguant de l’Argentière à Embrun.

L’équipage venu des Hautes-Alpes pour prêter main forte à l’association Trans’savoir-faire, a été acclamé par les Grenoblois

Toute une expédition pour ces mariniers haut-alpins. C’est à Saint-Ismier, au pont de la Batie, point de départ de cette descente de l’Isère, qu’ils ont  assemblé leur embarcation. Denis Furestier, le président de l’association précise que les troncs utilisés pour construire les radeaux font de 12 à 14 mètres de long donc 700 kilos environ pièce, leur diamètre est de 30 cm à 35 cm à l’arrière et 20 cm en tête. Chaque radeau est composé de 12 pièces de 14 mètres retenues par trois troncs. Les radeliers, pour guider leurs radeaux entre écueils et haut fonds utilisaient des rames fixées à l’avant et l’arrière des radeaux et descendent à la faveur des crues.
Salués par une foule nombreuse tout au long de leur parcours, les radeliers de la Durance ont donc navigué jusqu’à Sassenage où ils ont garé leur embarcation sur la digue. Un pique-nique a suivi, dans le Parc de l’Ovalie où avait lieu la fête de la Nature. Un chantier jeunes d’assemblage d’une  charpente du 17e avait été organisé.

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A noter qu’une expo sur les quais de l’Isère se tient à la Plateforme, place de Verdun, à Grenoble, du 27 mai au 31 juillet.
Cette exposition est l’aboutissement d’une année de travail de 3 agences d’urbanistes-paysagistes et d’importants échanges avec les habitants et les associations. Elle présente les enjeux de réhabilitation, les attentes de la ville et des habitants et, bien entendu, les propositions des professionnels. En septembre, l’équipe lauréate sera désignée

Cet article a été écrit par:

Christian - qui a écrit 2027 articles sur Sillon 38 – Le journal du monde rural – (38) Isère.


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