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Un parc naturel régional pour Belledonne?

L’association  Espace Belledonne, créée en 1998, s’emploie depuis dix ans, à consolider, promouvoir, structurer ce territoire, promu depuis peu par la Région « territoire remarquable de montagne » (février 2009). L’idée directrice est que l’identité, la spécificité du massif de Belledonne, tant par son patrimoine naturel que culturel, mérite une reconnaissance institutionnelle qui doit s’inscrire dans une structure pertinente, comme un parc naturel régional, par exemple. Un parc qui serait comparable, en superficie,  à celui de Chartreuse, son vis-à-vis, et qui pourrait compter 27 communes en Isère et 27 en Savoie, de Vaulnaveys-le-Bas à Le Pontet.
Porteur du programme Leader+ qui arrive à son terme, l’association a œuvré dans le sens d’une cohérence de territoire. Avec l’adhésion en décembre 2008 de la Communauté de communes La Rochette-Val Gelon (Savoie), le territoire a gagné en force et en unité.

« Le travail a porté ses fruits et Belledonne, grâce aux acteurs locaux a retrouvé une certaine reconnaissance », souligne Jean Picchioni, qui préside Espace Belledonne depuis avril 2008. Mais il  faut aller plus loin : « Pour l’avenir de Belledonne, nous devons être plus volontaires et construire un projet de territoire partagé et durable ». Tel est son credo.

A l’issue  de son assemblée générale ordinaire, jeudi 18 juin à Laval, l’association Espace Belledonne,  avait programmé pour la première fois un débat autour de la question suivante : « L’avenir de l’Espace Belledonne : quels outils pour construire un projet de territoire partagé et durable ? »
La question de fond : celle du parc naturel régional, comme outil adapté ou pas pour assurer l’avenir de l’Espace Belledonne. Plusieurs élus avaient été conviés pour apporter leur éclairage sur ce questionnement et indiquer la meilleure marche à suivre.

Eliane Giraud, Conseillère régionale déléguée au Parcs naturels régionaux, et Présidente du parc naturel régional de Chartreuse, a d’entrée de jeu, cadré les choses à savoir lorsqu’un territoire manifeste l’ambition de devenir PNR: « Il faut d’abord savoir que la procédure de validation est devenue très complexe, longue et coûteuse. Pour les Baronnies, par exemple, ça fait sept ou huit ans que le dossier est ouvert. Ensuite, deux conditions sont essentielles :

1/ La mobilisation forte des habitants du territoire. Si tout le monde ne va pas dans le même sens, ce n’est même pas la peine de partir à la bataille.

2/Le patrimoine naturel doit être d’envergure nationale. Sur ce point, la Région est prête à financer une étude patrimoniale, avec l’ADIREN. »

Petit rappel : la France compte actuellement 46 PNR. Ils couvrent plus de 7 millions d’hectares, soit 13% du territoire. Le dernier en date – créé le 30 mai 2009- est celui des Pyrénées ariégeoises. A l’étude, près de dix PNR parmi lesquels les Baronnies Provençales, le Mont Ventoux, Les Boucles du Rhône.

François Brottes, Député et Président de la Communauté de communes du Grésivaudan, qui a beaucoup œuvré pour que Belledonne soit éligible au programme Leader, encourage la démarche d’Espace Belledonne : « Belledonne est un bijou dans un écrin. Et ce bijou-là, on a tout intérêt à le défendre sur son aspect patrimonial. Oui, cette démarche, il faut la soutenir. Elle est plaidable. Mais on ne réussira que s’il y a tout Belledonne. Une approche de massif est essentielle. Le portage va être long, mieux vaut tous ramer dans le même sens, donc ».

Jean Faure, sénateur de l’Isère, ancien maire d’Autrans, avait été invité à titre de grand témoin. Il a en effet participé de près à la naissance du PNR Vercors dans les années 70. « Je ne comprends pas pourquoi cette idée n’est pas venue plus tôt. Belledonne a tout pour y prétendre. Mais il va falloir y aller à l’arraché. Il faut la totalité des arguments pour convaincre et que pas un bout du massif ne manque ! Pour le PNR Vercors, je n’ai pas le souvenir de conflits d’intérêts marqués. Un Parc, c’est un terreau de dialogue, un outil pilote, qui permet d’expérimenter et d’innover ensemble. Le rôle des associations est important. Dans le Vercors, par exemple, l’APAP, qui aurait pu faire obstacle, a au contraire joué un rôle moteur. »

Le Vercors, comme Belledonne, compte sur son territoire quelques stations de sports d’hiver. Pourtant, le sénateur ne se souvient pas, là non plus, d’affrontements radicaux entre exploitants de domaines skiables et instances du Parc.
Jacques Guillot, maire de Chamrousse, s’est manifesté à ce moment précis pour rappeler que cette éventualité était pourtant dans l’ordre des choses possibles. En bref, il n’est pas contre, mais il n’est pas pour non plus.
« La commune de Chamrousse est plus que frileuse vis-à-vis de ce projet, explique Jacques Guillot. Car elle est déjà abondamment touchée par des mesures régaliennes sinon draconiennes : les ZNIEFF, la Commission des sites, la Commission de l’eau, Natura 2000, les ENS, la loi Paysage, etc. Bref, c’est à un empilage de couches de contraintes diverses que nous nous  heurtons en permanence. Une véritable overdose verte ! Et nous ne souhaitons pas une couche supplémentaire ».

Chamrousse, par la voix de son maire, a d’ores et déjà exprimé ses fortes réticences vis-à-vis du projet

Le propos était clair. Celui d’un premier magistrat assez peu réceptif au développement durable. C’est le moins qu’on puisse dire. La règle d’or énoncée quelques instants plus tôt par Eliane Giraud – une mobilisation sans faille- tombait par terre.
Il fut pourtant rappelé que l’action d’un Parc ne se situe dans la contrainte mais dans l’engagement volontaire de tous ses partenaires. La charte, qui est en quelque sorte leur constitution, est l’œuvre de ces partenaires et le fruit de leur concertation.
Les présents à cette AG –toutes les communes adhérentes étaient représentées- ont néanmoins convenu au vote à main levée, que « les prospectives devaient continuer pour structurer le territoire de Belledonne ». Quatre personnes se sont abstenues.
Cette première réunion autour d’un nouveau projet de territoire pour Belledonne aura permis de montrer, s’il en était besoin, que l’entreprise est de taille, que son financement n’est pas assuré, que l’unanimité n’est pas acquise, qu’il serait nécessaire d’ user de diplomatie pour avancer, fédérer et faire admettre le principe  qu’un Parc n’est pas un carcan mais un terrain d’entente.
Cette première réunion  aura également permis d’entendre bon nombre de paroles encourageantes pour ceux qui s’engagent dans cette entreprise.  « Si le territoire de Belledonne a une chance d’être éligible », a dit Jean Faure,  qui semble pour sa part en être convaincu, « il ne faut surtout pas la laisser passer ».
En deux mots, au travail ! Le portage d’un tel projet peut durer dix ans. Ce qui nécessite de la patience autant que de la volonté. L’inventaire scientifique du patrimoine naturel sera sans aucun doute un premier élément déterminant pour la poursuite de la démarche de territoire engagée par Espace Belledonne.

Qu’est-ce qu’un PNR ?

Les 46 Parcs naturels régionaux en France, ont 5 missions principales à remplir, avec comme enjeu principal, l’harmonie entre l’homme et la nature. Ces orientations sont développées dans leurs chartes pour une durée de 12 ans.

Les 5 missions du parc sont :
- Préserver et valoriser les patrimoines naturels et culturels,
- Favoriser le développement économique et la qualité du cadre de vie,
- Aménager le territoire,
- -nformer et sensibiliser habitants et visiteurs,
- Conduire des actions expérimentales ou innovantes

Un Parc naturel régional se doit d’être à l’écoute des projets. Il doit non pas se substituer aux initiatives locales, mais les favoriser, en être le moteur. Son savoir-faire se trouve dans son intelligence à stimuler, à mettre en relation des partenaires, à coordonner et à orchestrer des actions, à monter des projets et à rechercher des compromis acceptables, à être à l’initiative d’actions innovantes sur son territoire.
Les spécificités des Parcs naturels régionaux par rapport aux Parcs Nationaux ou aux Réserves Naturelles, se situent dans la complémentarité qu’ils impulsent entre la protection des espaces naturels et le développement des territoires économiques. Leur action se situe non pas dans la contrainte mais dans l’engagement volontaire de tous les partenaires

Cet article a été écrit par:

Christian - qui a écrit 2027 articles sur Sillon 38 – Le journal du monde rural – (38) Isère.


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Un commentaire pour “Un parc naturel régional pour Belledonne?”

  1. Hennebois Eric dit :

    La création d’un PNR va à l’encontre de la préservation du patrimoine naturel.
    Le développement économique, l’aménagement du territoire ne sont pas synonyme de qualité du cadre de vie. Pour avoir connu le massif de Chartreuse avant qu’il ne soit devenu PNR, on ne peut que constater un afflux massif de visiteurs, de population, par conséquent, il faut règlementer, il faut réprimer, il faut sanctionner, il faut empêcher…Il faut aussi financer.
    Qui finance? L’impôt? Belledonne n’est pas à l’écart des règlements et des lois qui existent déjà en matière d’aménagement du territoire de préservation de la faune et de la flore. Un PNR n’est pas indispensable et ne doit pas être une « administration » de plus. Il faut savoir faire confiance aux gens qui habitent, travaillent, qui réfléchissent déjà en tant que citoyens au développement durable de leur « territoire ».
    Les initiatives locales existent,fonctionnent et se développent à leur rythme, elles n’ont pas besoin d’un « moteur ». Belledonne n’est pas un massif « mort », c’est un espace de vie encore tranquille et préservé de la foule et des nuisances que peut apporter un tourisme « régimenté », un développement économique.
    C’est un massif sauvage, une nature préservée, c’est encore le paradis des randonneurs citadins ou autres, amoureux d’un espace encore libre! Ceux qui viennent en Belledonne aujourd’hui savent ce qu’ils vont trouver et l’apprécient.
    Pourquoi vouloir absolument mettre la main sur ce qui fait cette spécificité. Pourquoi cette convoitise? Qu’y a-t-il à gagner? Créer un PNR de Belledonne serait une erreur.

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