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Les comptes prévisionnels de l’agriculture pour 2014

Les comptes prévisionnels de l’agriculture pour 2014

L’année agricole 2014 est marquée par une augmentation des volumes de production et une baisse des prix. Ces évolutions sont particulièrement fortes pour les grandes cultures et plus modérées pour le bétail. Seuls le lait et les vins bénéficient à la fois d’une hausse des volumes et des prix. Au total, la valeur de la production agricole, y compris subventions, diminue de 0,9 % par rapport à 2013.

Dans le même temps, les charges des agriculteurs se réduisent davantage, principalement en raison de la baisse des prix de l’alimentation animale et des engrais. Ainsi, la valeur ajoutée de la branche agricole progresserait très légèrement. L’emploi agricole continuerait par ailleurs à décroître.

D’après les estimations du compte prévisionnel de l’agriculture, le revenu des facteurs de la branche agricole par actif augmenterait de 1 % en termes réels en 2014, après une forte baisse en 2013 et trois années à des niveaux records. Cette évolution masque de grandes disparités selon les orientations des exploitations.

En 2014, la production de céréales se redresse en volume : les surfaces restent globalement stables, mais les rendements s’améliorent. La production de blé tendre continue de progresser, bénéficiant du temps sec et ensoleillé de mars-avril. Malgré une baisse des surfaces cultivées, la récolte de maïs, favorisée par les pluies d’été, est particulièrement abondante. En revanche, la production de blé dur poursuit son déclin en raison d’un recul des rendements, mais surtout des surfaces ; les céréaliers ont davantage arbitré cette année en faveur du blé tendre.

Sous la pression d’un bilan céréalier mondial lui aussi excédentaire, le prix de l’ensemble des céréales poursuit le recul entamé en 2013, après le niveau record de la campagne 2012.

En France, le prix du blé tendre diminue de 17 % en 2014 ; outre le contexte mondial, la baisse est accentuée par une qualité meunière plus faible que l’année précédente et un déclassement plus important en blé fourrager, vendu moins cher. Le prix du maïs régresse, quant à lui, de 16 % en lien avec l’abondance des récoltes. La baisse du prix de l’orge est un peu moins prononcée (- 12 %). À l’inverse, le cours du blé dur se renchérit de 30 % ; en effet, l’offre française est en repli et la qualité de la récolte du Canada, premier pays exportateur, est incertaine.

Malgré une légère baisse des surfaces, la récolte d’oléagineux s’accroît de 20 % du fait de meilleurs rendements. Ainsi, après une année 2013 marquée par un climat défavorable, les rendements du colza retrouvent en 2014 des niveaux plus habituels ; la récolte augmente de 26 %. A contrario, la production de tournesol diminue légèrement, les surfaces cultivées étant en repli. Les cours mondiaux des oléagineux poursuivent leur baisse, influencés par de bonnes perspectives pour la production américaine de soja. En France, le prix du colza décroît de 15 %, celui du tournesol de 13 %.

La récolte de protéagineux se redresse malgré des rendements plus faibles. Le prix des protéagineux diminue pour la deuxième année consécutive, dans le sillage du blé et des tourteaux de soja (auxquels ils peuvent se substituer pour l’alimentation animale), et en raison également d’importantes disponibilités canadiennes.

Les récoltes de fruits sont globalement en hausse. En effet, les fraises bénéficient d’une campagne de production précoce et les abricots retrouvent un niveau de production plus habituel. La récolte de cerises se redresse également. Cette augmentation de la production s’accompagne d’une nette diminution des prix. Le cas des pommes est particulier : malgré une production en retrait, leur prix se replie fortement dans l’expectative des conséquences de l’embargo russe.

Pour les légumes, malgré un début de saison prometteur, la récolte de la plupart des productions est en retrait par rapport à 2013. Les prix se replient dans l’ensemble ; en particulier, ceux des légumes d’été fléchissent, car la consommation a pâti de la relative fraîcheur et de la pluviométrie de juillet et août.

Sujettes à de fortes variations annuelles, les quantités de pommes de terre de conservation produites augmentent à nouveau en 2014 (+ 20 %). Les surfaces s’accroissent ainsi que les rendements, favorisés par les pluies d’été. Tenant compte des difficultés de commercialisation de l’excédent de production, le recul des prix est marqué (- 45 %).

La production de vin progresse vivement, après deux années de climat défavorable, renouant avec un niveau proche de la normale. La pluviométrie estivale a en effet favorisé le grossissement des grains. La récolte augmente modérément pour les vins de champagne. Elle se redresse nettement pour les autres vins d’appellation. Malgré la progression des volumes de production, les prix des vins se maintiennent à un niveau élevé, car les stocks demeurent modestes.

L’année 2014 est médiocre pour le bétail, mais bonne pour le lait

Le prix des gros bovins recule. La production s’oriente à la hausse après deux années de baisse. En effet, les abattages de vaches et de génisses se redressent, après une forte diminution en 2012 et 2013 dans un contexte de recapitalisation du cheptel laitier. En revanche, les abattages de taurillons et de bœufs se replient.

Le prix des veaux se maintient, le volume de production également ; la baisse des abattages est compensée par l’amélioration de l’excédent commercial des animaux vivants.

Pour les porcins, les prix décrochent. La météo pluvieuse de l’été n’a pas été favorable à la consommation de grillades. Les abattages évoluent peu. Les effectifs se replient, y compris celui du cheptel reproducteur.

Pour les ovins, les prix, déjà soutenus, sont en hausse, en raison notamment de moindres disponibilités en agneaux. La production, en baisse tendancielle sur ces dernières années, se stabilise en 2014.

Le volume de production de volailles diminue légèrement, du fait de la baisse des abattages de poulets. Cela concerne plus particulièrement les produits exportés, car la concurrence est plus vive sur le marché du poulet « grand export » suite à la suppression en juillet 2013 des restitutions européennes. Le prix des volailles reflue en conséquence.

La production d’œufs poursuit sa progression. Pour mémoire, elle avait chuté en 2011 en lien avec les travaux de mise aux normes européennes des cages de poules pondeuses, avant de se redresser en 2012 et surtout 2013. Après avoir chuté en 2013, le prix des œufs se stabilise en 2014.

La collecte de lait s’accroît, après deux ans de léger repli. La bonne orientation des prix et la perspective de la fin des quotas laitiers en 2015 incitent les éleveurs à produire davantage. De plus, le coût des aliments pour les vaches laitières par litre produit est en léger retrait et le climat pluvieux de l’été a été favorable à la repousse de l’herbe. Toutefois, la production ralentirait au dernier trimestre pour revenir à des niveaux comparables à ceux de la fin 2013.

La valeur de la production agricole décroît de 1 %

Au total, en 2014, la hausse des volumes produits est gommée par la poursuite du recul des prix. La valeur de la production, hors subventions sur les produits, de la branche agricole décroît de 0,9 % par rapport à 2013, soit une baisse de 0,7 milliard d’euros ( La réduction de 1,1 milliard d’euros pour la production végétale est partiellement compensée par la hausse de 0,4 milliard d’euros pour la production animale.

Les subventions sur les produits s’élèvent à 1,1 milliard d’euros, comme en 2013. La prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes, désormais entièrement financée par l’Union européenne, est la subvention la plus importante de cette catégorie.

La production au prix de base présente des évolutions en volume et en prix proches de celles de la production hors subventions : respectivement + 5,4 % et - 5,9 %.

Le coût des intrants décroît

La valeur des consommations intermédiaires de la branche agricole diminue de 2,1 % en 2014 sous l’effet du recul des prix. Cette baisse intervient après trois années de hausse, l’alourdissement des charges entre 2010 et 2013 atteignant 19,4 %.

Ainsi, les achats en aliments pour animaux (hors produits agricoles intraconsommés) se contractent de 7,5 % : les prix des différentes catégories d’aliments sont en net repli, dans le sillage de la chute des cours des matières premières entrant dans leur composition (céréales, oléagineux, etc.). Globalement, les quantités d’aliments consommées sont comparables à celles de l’année précédente, avec une progression pour les bovins, une stabilité pour les volailles et une baisse pour les porcins et pour l’allaitement des veaux.

La facture énergétique diminue pour la deuxième année consécutive en raison du recul des prix. Son niveau reste cependant élevé, après les hausses de 2010 à 2012. Les prix des différents produits pétroliers régressent dans le sillage de celui du baril de pétrole. Le prix du gaz naturel est également en baisse tandis que celui de l’électricité se renchérit.

Les dépenses en engrais décroissent sensiblement en lien avec la chute des prix de toutes les catégories d’engrais. En particulier, le prix moyen des engrais simples azotés diminue de 11 % entre les campagnes 2012/2013 et 2013/2014, influencé par le recul du prix du gaz naturel.

Ce dernier constitue la principale matière première pour la fabrication de l’ammoniac, élément précurseur des engrais azotés. Les baisses de prix sont du même ordre de grandeur pour les engrais simples phosphatés et les engrais composés contenant de l’azote. Elles sont un peu moins soutenues (- 6 %) pour les engrais simples potassiques et les engrais composés binaires phosphore-potassium. Les quantités consommées restent globalement stables : la hausse des utilisations d’engrais contenant de l’azote est compensée par la réduction de celles d’engrais à base de phosphore et/ou de potassium.

La charge en produits de protection des cultures croît légèrement sous l’effet de la hausse des prix.

Le revenu des facteurs de la branche agricole augmenterait légèrement en 2014

Comme les consommations intermédiaires diminuent davantage en valeur que la production au prix de base, la valeur ajoutée brute devrait augmenter légèrement (+ 1,4 %) après la forte baisse de 2013 (- 15,3 %). La consommation de capital fixe, qui résulte de l’investissement des années antérieures, ne progresserait par ailleurs que de 0,8 %. Aussi, la valeur ajoutée nette de la branche agricole croîtrait un peu plus vite (+ 1,8 %) que la valeur ajoutée brute. Elle resterait cependant à un niveau bas.

Les subventions d’exploitation versées à la branche agricole s’élèvent à 8,0 milliards d’euros en retrait de 0,7 % par rapport à 2013. En effet, l’augmentation des aides agro-environnementales et l’entrée en vigueur du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) ne compensent pas la baisse du « paiement unique ».

Après la prise en compte des subventions d’exploitation et des impôts, en 2014, le revenu des facteurs de la branche agricole progresserait de 1,1 % par rapport à 2013. Comme le volume de l’emploi agricole baisserait tendanciellement de 0,9 %  la croissance du revenu des facteurs de la branche agricole par actif atteindrait 2 %. Avec un prix du produit intérieur brut (PIB) en hausse de 0,8 %, le revenu des facteurs de la branche agricole par actif en termes réels augmenterait de 1,2 % en 2014.

Cette faible croissance fait suite à un repli important en 2013. Au cours des trois années antérieures (2010 à 2012), cet indicateur avait atteint un niveau record ; en 2014, il se retrouve au niveau des années 2000. En tendance, le revenu des facteurs par actif en termes réels est orienté à la baisse depuis le point haut de 2011.

Cet article a été écrit par:

Gilbert - qui a écrit 8567 articles sur Sillon 38 – Le journal du monde rural – (38) Isère.


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