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2,5 millions d’euros pour les éleveurs de porcs

Lors de la séance des questions au gouvernement, ce mardi à l’assemblée nationale, Yannick Favennec député de Mayenne a interpellé Michel Barnier, ministre de l’agriculture, à propos de la crise porcine.

« La filière porcine traverse une fois encore une crise très grave, en raison de la hausse du prix des matières premières alimentaires. Le doublement en quelques mois du prix des céréales retentit fortement sur les coûts de production, au point de menacer l’existence même de la filière française.
Alors qu’en 2006, pour un prix moyen de l’aliment de 158 euros la tonne, le coût de production d’un kg de carcasse de porc était de 1,24 euros, on est passé cet été à 235 euros la tonne et 1,57 par kg; dans le même temps, le prix payé aux éleveurs est passé de 1,40 à 1,24 euro le kg, soit une perte de 20 euros par cochon produit; aujourd’hui, on est à 1,10 le kg, soit une perte de 34 euros par animal.
Or ce secteur, important pour notre alimentation, l’est aussi pour notre économie puisqu’un élevage de 100 truies représente environ 7 emplois indirects. Mais il attire de moins en moins de jeunes: il n’y a eu qu’une seule installation en Mayenne en 2006, et jusqu’à présent aucune en 2007 – alors que 35 % des producteurs seront bientôt à la retraite. Des mesures d’urgence, telles que des aides à l’exportation, vont-elles être prises au niveau national et au niveau européen pour lui redonner des perspectives d’avenir ? »

Réponse de M. Michel Barnier, ministre de l’agriculture et de la pêche.

« La crise porcine actuelle, l’une des plus graves que notre pays ait traversées depuis de longues années, est en effet due à l’augmentation du prix des matières premières alimentaires, qui n’est pas répercutée dans le prix de vente.
Pour accompagner les éleveurs, j’ai tout d’abord demandé à la Commission européenne de déclencher le plus vite possible des mécanismes de soutien au stockage privé et de soutien aux exportations par le système des restitutions. Nous espérons une première réponse en début de semaine prochaine.

Deuxièmement, malgré les difficultés budgétaires, j’ai dégagé 500 000 euros pour des allègements de charges et 2 millions pour des reports de charges.

Enfin, je réunirai demain l’ensemble de cette filière avec les distributeurs, pour rechercher avec eux les moyens de soutenir cette filière, qui en a vraiment besoin. »

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Le désarroi des éleveurs porcins

La flambée du prix des céréales frappe de plein fouet les éleveurs porcins. Une crise qui commence à faire de sérieux dégâts dans leurs rangs. L’augmentation du prix de l’aliment provoquée par l’envolée des cours des céréales, peut, selon certains spécialistes, coûter la bagatelle de 35 000 € à un élevage de 100 truies naisseur-engraisseur. Le prix du porc, à la baisse (cours du 8 octobre: 1,149€), ne permet pas de compenser cette augmentation du coût de production.

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Porcelets à la soupe. De plus en plus chers à nourrir… (photo CDMP)

En Isère, on recense une cinquantaine d’éleveurs porcins (un chiffre multiplié par 6 si l’on considère les petits élevages, à partir d’un animal). François Orlowski, à Saint-Clair-sur-Galaure, est l’un d’eux. Installé en SCEA, il fait des produits très élaborés, avec des races particulières. Du « porc de laboratoire ». Du haut de gamme. Recherché. Malgré tout, il est, comme les autres, frappé de plein fouet.

« C’est un grave coup porté à la production, même si ce n’est pas vraiment une crise de la viande de porc. On a vu des prix plus bas dans le passé. Mais un tel prix de l’aliment, c’est du jamais vu. En septembre 2006, je payais l’aliment porc charcutier 176€/tonne. Aujourd’hui, soit un an plus tard, je le paye 242€/tonne. Il a pris 66€ en un an ».

Et malgré votre production qualitativement très ciblée, vous avez du mal à conserver une plus-value?

« On arrive à avoir des niches commerciales pour les porcs et porcelets mais on est obligés de respecter le cadran (l’outil actuel de fixation du prix du porc). Et avec mes produits, j’arrive juste à un prix plancher équivalent au coût de la production. Et quoique je fasse, je perds de l’argent avec les porcs charcutiers ».

A ce sujet, la confédération paysanne estimait dernièrement que , « la crise actuelle démontre que le cadran est complètement inadapté. Elle démontre la nécessité de mettre en place un outil de fixation du prix du porc, indexé sur les coûts de production réels ». La Confédération paysanne estime que ce travail aurait dû être engagé depuis longtemps par l’interprofession porcine INAPORC.

Comment réagissez-vous par rapport à cette situation qui pénalise votre travail?

« Je me demande vraiment ce qu’il faut que je fasse. Que je me spécialise sur le porcelet? Possible. Mon élevage de porc charcutier n’est plus rentable. Bref, je ne peux pas envisager l’avenir. Gel des investissements, trésorerie plus que tendue, c’est ce qui caractérise les élevages. On pensait être sortis d’une crise qui a duré trois ans. On retombe dans une autre… »

A votre connaissance, cette conjoncture a t-elle contraint certains à cesser leur activité?

« Je pense que beaucoup d’élevages moyens ont préféré arrêter. Il faut dire qu’auparavant, la grille de paiement du porc a été modifiée au détriment du producteur. En gros, une perte de 4 centimes. Si l’on ajoute la taxe d’équarrissage, il y a deux ans, l’apparition de la maladie d’amaigrissement du porcelet (MAP), on comprend les raisons de ce découragement. Et puis se pose le problème du renouvellement de ces élevages. Les reprendre dans des conditions pareilles, qui le fera? »

Beaucoup d’obstacles, comme on le voit avec cet éleveur isérois, s’accumulent en travers de la production porcine. François Orlowski en ajoute un dernier: la raréfaction des lieux d’abattage:

« Il n’y a plus d’abattoir sur le secteur. Celui de La Côte-Saint-André va fermer, celui de Chambéry également. L’abattoir de Bourg-en-Bresse devrait fermer le 28 décembre. Il nous reste Grenoble ou Romans ou Tarare. Mais ça ne nous facilite pas la vie ».

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