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Liu Yang doit sa vocation à la Corse et au camembert

Liu Yang:

Liu Yang: "J'ai toujours aimé la France"

Liu Yang, 37 ans, marié, originaire de Dongbei dans la province du Heilongjiang, a ouvert une fromagerie il y a un an à Pékin, après avoir cherché sa voie en France où il a appris la langue et suivi plusieurs formations. Il est, sans doute, l’un des seuls artisans fromagers de la capitale chinoise.

Né d’un père radiologue et d’une mère infirmière, rien ne le destinait vraiment à être artisan fromager. Sa vocation est née en Corse, à Corte, où il a vécu deux ans. C’est là, dans l’île de Beauté, qu’il a véritablement appris le métier.

Son voisin, M.Cesari, berger et producteur fermier, y est pour beaucoup. C’est chez lui qu’il a fait son stage, après avoir passé un an sur les bancs du lycée agricole de Bastia.

Liu Yang nous a raconté son étonnant périple.

« En Chine, je suis titulaire dune licence en informatique. Après 4 ans de travail à Zhong guancun (quartier de l’informatique de Pékin) dans une société de produits électroniques, j’ai eu envie de changer de carrière, j’ai donc décidé d’aller en France en 2001 suivre une formation de management et affaires internationales .

Pourquoi j’ai choisi la France? Parce que j’ai toujours aimé ce pays et que c’était pour moi une belle opportunité de découvrir la culture française et de reprendre des études.

Je suis arrivé à Clermont-Ferrand en octobre 2001, où jai suivi des cours de français intensifs pendant un an. En 2002, jai commencé à étudier la spécialité de Management PME à Aix-en-Provence, et en 2005, jai suivi en Corse, la spécialité « Affaires Internationales au Sud Méditérannée ».

Comment as-tu découvert le fromage francais ?

liu-yang3« C’est lors d’un buffet organisé par l’université d’Auvergne que j’ai pu goûter mon premier fromage français, que j’ai tout de suite aimé, c’était un camembert !

Il faut dire quen Chine, déjà pendant mon enfance, ma grande-mère élevait des chèvres. J’ai bu beaucoup de lait de vache et de chèvre. Nous avions aussi une vache dans notre jardin que nos voisins élevaient avec leurs autres vaches.

Pendant deux ans, j’ai vécu à Corte en Corse, mon voisin était berger (Société Cesari frères), une famille très généreuse qui ma fait goûter son fromage de brebis et m’a appris à le fabriquer, à la façon de Venaco (1).

Cest ce qui, par la suite, ma vraiment donné l’envie de faire du fromage à mon retour en Chine, j’ai alors suivi une formation de fabrication du fromage pendant un an au lycée agricole de Bastia, puis j’ai fait un stage chez mon voisin . »

Est-ce quaujourdhui les Chinois sont consommateurs de fromage ?

« Les Chinois sont curieux de manger et essayer de nouvelles choses, de plus en plus de mes compatriotes mangent des produits laitiers, ils ont habitude de boire du lait et du yaourt, là ils commencent à consommer des fromages fondus et de la mozzarella.

Je pense qu’ils sont prêts à essayer de goûter les nouveaux produits importés, c’est une très bonne chose qui m’encourage à continuer de faire de vrais fromages français, même si je n’ai pas encore beaucoup de clients chinois pour le moment, mais ça va venir dans les prochaines années ».

Peux-tu nous présenter ta fromagerie ?

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« Jai lancé ma fromagerie dans le nord de Pékin à Hui Long Guan, il y a maintenant 1 an, une fromagerie artisanale denviron 100m2. Ma production est de 200 kg de fromage par mois.

Fabriquer du fromage en France ou fabriquer du fromage en Chine, cest complètement différent : en Chine, il faut pouvoir trouver du lait de qualité, et il faut aussi dire que le climat de Pékin est très sec, ce qui fait que ce nest pas facile de contrôler la température et il y a aussi les problèmes dhumidité

Cest difficile, mais je suis quand même content du résultat.

Depuis juin 2010, je suis en mesure de proposer une dizaine de produits : le fromage blanc, le mini crottin, la pyramide, la tome, le gris de Pékin (sorte de camembert) et le gris de Pékin crémeux et au lait cru, de la crème fraiche, la brousse, le gris aux herbes de Provence et aux herbes de jardin (basilic, persil, ail, poireau et poivron) et aussi un plateau de fromages (2).

Mon fromage est fabriqué selon la méthode de fabrication française, le matériel, les ferments, les présures sont importées de France, dans des conditions sanitaires rigoureuses ».

Tu as pris pas mal de virages tout au long de ton parcours, passant de l’informatique au management. Qu’est-ce qui t’ a guidé dans le choix de ce métier d’artisan fromager?

« A ceux qui me lisent, on dit en Chine que « les gens qui se rencontrent par hasard, ce sont les gens qui ont la yuanfen, la chance. J’ai rencontré des fromagers français en France, vous goûtez mes fromages en Chine, tout ça c’est notre yuanfen.

Jespère pouvoir continuer daugmenter ma production de fromage, avec toujours comme objectif principal la qualité et la passion de faire découvrir la culture du fromage français et aussi organiser des dégustations ».


Pour voir la vidéo faite par Olivier Le Clouërec, cliquez sur ce lien:  http://v.youku.com/v_show/id_XMTg0NTUyMjY4.html

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(1) Le Venaco, est avec le Niolo, le Calenzana et le Broccio, le plus typique des fromages corses. Tous les ans, le premier week-end du mois de mai, la Foire du fromage de Venaco réunit de nombreux fermiers et producteurs corses ainsi que des milliers de visiteurs.

(2) Liu Yan a un site internet où il présente toute sa production: www.lefromagerdepekin.com/

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Benoît Lourdel, palefrenier

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Benoît Lourdel: "J'ai passé dix ans de ma vie dans le monde des courses de trot"

Dans la série « Les métiers du cheval » que sillon38 vient d’inaugurer, nous avons rencontré Benoît Lourdel, palefrenier aux Ecuries de Crossey, à Saint-Etienne-de-Crossey (Isère) depuis novembre 2009.

Responsable d’écurie, Benoît veille sur les 80 chevaux du centre, à leur nourriture, à leur santé, s’occupe de l’entretien des boxes, assure régulièrement la sortie des chevaux au pré, à l’occasion remet un fer, vérifie l’état des paddocks et se charge de l’entretien des extérieurs. Un travail qui occupe son homme. C’est peu de le dire.

Ce jeune homme, natif de la région parisienne, a fait ses armes très tôt  dans le milieu des courses hippiques.

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« J’ai passé dix ans de ma vie dans le monde des courses de trot, explique t-il. Comme palefrenier, comme premier garçon d’écurie, mais aussi comme jockey. Ce fut la meilleure période de ma vie ! J’ai débourré 3 à 4000 chevaux en dix ans. Y compris le crack Meaulnes du Corta qui gagna le Grand prix d’Amérique en 2009. J’ai fait les ventes de Deauville pendant 8 ans. J’ai fait du dressage aussi ».

Je suppose que c’était un travail exigeant où vous ne comptiez pas les heures ?

« Un travail de fou. De 4h du matin à 22h plus les nocturnes ! La nuit, je veillais sur les juments, le jour je m’occupais des chevaux ».

Mais un travail qui vous a beaucoup apporté au plan professionnel ?

« Oui, j’ai appris beaucoup en étant au cœur du monde de la course. J’ai tout retenu, tout inscrit et je me suis fait ma propre méthode. Ce qui m’a marqué, c’est que le trotteur a un mental comme on ne l’imagine pas ! D’une gentillesse ! Il donnerait son cœur pour celui qui le soigne, qui est à ses côtés en permanence. Il y a vraiment une relation intime qui se noue avec le cheval. Et c’est très fort ».

Vous avez commencé tout jeune. Vous vous êtes formé sur le tas ?

« Oui, en fait je me suis fait tout seul. J’ai suivi un CAP de palefrenier-soigneur que je n’ai pas pu terminer. Je n’ai jamais pris un cours de manège. Et pourtant, j’ai fait des courses de trot. Mon expérience –17 ans de métier quand même !- fait qu’aujourd’hui je me débrouille bien dans ce métier ».

Benoit Lourdel, à la suite d’un accident, a pris un jour la décision de prendre le large, de quitter la région parisienne pour revenir dans la région de son enfance, les Entremonts. Un coin de Chartreuse cher à son cœur. Saint-Pierre-d’Entremont est désormais son port d’attache et la Chartreuse son pays. Infatigable, il souhaite s’investir pour son village à ses heures de loisirs. Il a dans l’idée de proposer pour l’hiver prochain une activité de ski-joering (un skieur tracté par un cheval) . C’est sa façon à lui de se reposer le  week-end. Comme quoi, pour Benoît Lourdel, plus qu’un métier, le cheval est une véritable passion.

logo ecuries Crossey

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Grenoble veut une ceinture verte productive

La convention d’agglomération Grenoble-Alpes Métropole signée récemment avec la région (lire par ailleurs) comporte un volet agricole, un PSADER, qui traduit la volonté de prendre en compte le développement de l’agriculture et de la sylviculture périurbaines. Il est doté de plus de 1,3M€ dont 680 000 via le CDDRA.

Ce PSADER , un peu atypique car attaché au périurbain, n’était pas vraiment prévu dans le cadre du Contrat de développement durable Rhône-Alpes. S’il a vu le jour, c’est en grande partie parce que le  travail d’Eric Grasset et de Christophe Mayoussier (1), qui pilote le volet filière bois, a été convaincant.

Le diagnostic qu’ils ont remis en mai 2009, montrant tout l’intérêt d’intégrer l’agriculture et la forêt périurbaines dans une stratégie d’agglomération, a manifestement pesé dans la balance.

« Nous avons montré, photos et cartes à l’appui, qu’un PSADER avait toute son utilité pour l’agglomération. Un périmètre riche d’un environnement spécifique, fort en valeur agricole et forestière, d’un relief varié qui va de 178m à 2161m, comporte 25% de territoires agricoles, 46% de forêts et milieux naturels, et un tiers d’espaces artificialisés. Je dois dire que ça a été une révélation en interne ! », explique Eric Grasset

Eric Grasset

Eric Grasset

Eric Grasset  a un pied dans les trois collectivités – Ville de Grenoble en tant que conseiller municipal, Métro en tant que vice-président, Région en tant que conseiller . Ce qui lui permet d’embrasser les questions d’agriculture, d’environnement, d’énergie, d’espaces verts à différentes échelles. Nous l’avons rencontré afin d’avoir des précisions sur le contenu des projets retenus pour la métropole grenobloise, qui , avec le soutien de la Région, affiche de nouvelles ambitions en matière d’agriculture et de forêt périurbaines.

Trois projets structurants sont proposés dans le cadre du PSADER: le développement de filières courtes, l’ouverture des coteaux, le développement de la filière bois-énergie.

I- Procédons par ordre. Le premier volet consiste à améliorer la valorisation des produits agricoles locaux et  à accroître les débouchés. Quelles sont les initiatives proposées pour organiser cette redynamisation producteurs/consommateurs ?

« Toujours avec une exigence de qualité, et dans le respect de la charte Terres en ville (2) le but est de mieux organiser le contexte et l’offre de produits agricoles dans le périmètre de l’agglo. Nous souhaitons mettre en place 3 points de vente collectifs, au pied des massifs, à la disposition des producteurs de Belledonne, Chartreuse et Vercors. Ensuite, nous proposons la création d’une légumerie (NDLR : un souhait exprimé depuis longtemps par l’ADAYG) équipée pour transformer les produits locaux pour la restauration collective. N’oublions pas qu’il y a 400 000 bouches à nourrir au moins, autour de midi.

Quant au lieu d’implantation, il n’est pas arrêté. En lice, le MIN, Le Fontanil, le Voironnais (NDLR : les patates de la Bièvre pèsent dans la balance).

En complément de cette légumerie, la création d’une plateforme viande serait une aide précieuse pour l’abattoir du Fontanil. Avec une salle de découpe et de conditionnement, la viande locale devrait trouver de nouveaux débouchés dans la restauration collective. Nous allons également travailler avec les artisans-bouchers pour qu’ils fassent part de leurs attentes. La viande produite localement n’est pas assez présente à leurs étals et c’est regrettable ».

II -  Le développement d’une ceinture verte productive.  Outre les fruits et légumes, en zone de plaine, peut-on élargir l’offre de produits agricoles ?

« Cette agglomération veut une politique agricole et forestière. Notre ceinture verte n’est pas assez productive. On connaît les obstacles rencontrés : pression foncière, difficultés de transmission des exploitations, faible rentabilité.  Il faut garder des zones agricoles, j’en suis convaincu, mais pas que des champs de salades ! Nous pouvons viser l’autonomie alimentaire en ce qui concerne les feuilles vertes, le maraîchage. Je trouve, en passant, qu’il y a un peu trop de maïs dans la zone de Domène/Murianette. Et puis, nous avons des espaces de coteaux que nous devons préserver, que nous souhaitons ouvrir ».

Vous avez donc l’intention d’attribuer à ces coteaux une nouvelle vocation et d’y installer de jeunes agriculteurs. Mais peut-on associer urbanisation et activité agricole ?

« Oui, ces coteaux doivent produire de l’urbanisation et de l’agriculture. Il faut les deux. Nous avons trois projets de création de fermes intercommunales. Une par massif, en principe. Le projet sur la colline du Mûrier est le plus avancé. La Métro devrait prochainement acquérir du foncier agricole sur le territoire des communes de Gières, Poisat, Eybens, Saint-Martin-d’Hères.

Une stratégie qui entend donc favoriser l’installation de jeunes agriculteurs. Parallèlement, des appels à projets vont être lancés en matière de développement local. Le projet de jardins familiaux  est aussi dans les cartons. Je défends l’idée que l’on puisse bientôt aller cultiver son jardin en utilisant le tram»

III- La forêt périurbaine est une des composantes essentielles de l’agglomération grenobloise. Elle appartient pour les 2/3 à des propriétaires forestiers privés. Quelles initiatives pour développer la filière bois-énergie ?

Lors d'une visite de la placette forestière de Veurey-Voroize en juin 2008, avec l'ADAYG

Lors d'une visite de la placette forestière de Veurey-Voroize en juin 2008, avec l'ADAYG

« Dans les projets inventoriés par Christophe Mayoussier, la création d’une plateforme bois-énergie dans l’agglomération, en lien avec les PNR du Vercors et de Chartreuse. Le lieu d’implantation pourrait être Saint-Egrève ou Veurey-Voroize. Rien n’est tranché en l’état des choses.

bois d'iciAu programme également, la création d’un PAT (2), la mise en œuvre d actions de communication autour du bois, l’édition d’un plan forestier d’agglomération, une étude sur la part  du bois dans la commande publique. La forêt qui ne représente pas moins de 13 400 ha, est un poumon vert pour l’agglo, un espace naturel qui présente une très forte capacité d’accueil et de loisir. Nous avons tout intérêt à faciliter sa desserte et à veiller à son entretien ».

Et puis pour ajouter une touche bleue à cet éventail vert, la mise en valeur des rivières de l’agglomération, Isère et Drac, figure également inscrite dans les projets du PSADER. Eric Grasset qui préside la Régie des eaux de Grenoble tient à ce que le réseau hydrographique du territoire participe d’une façon ou d’une autre à la  stratégie de valorisation  de la métropole grenobloise.

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(1) Christophe Mayoussier est vice-président de la Métro chargé de la filière bois et de la forêt périurbaine. Il est maire du Gua.

(2) La charte « Terres en villes», co-présidée par Bernard Poirier et Gérard Seigle-Vatte, président de la Chambre d’agriculture de l’Isère, est centrée sur le développement durable du territoire urbain et périurbain.

(3) Un plan d’approvisionnement territorial (PAT) est un outil de décision qui prend en compte l’analyse de l’ensemble de la ressource (bois forestier, agricole, produits connexes), de la demande locale et régionale et propose des scénarios d’approvisionnement.  Le PAT doit permettre d’envisager les investissements nécessaires en amont pour une mobilisation des bois accrue et une logistique optimisée.

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Vers l’autonomie alimentaire des élevages

Réduire les dépenses, créer de la valeur ajoutée, cela passe par l’autonomie des exploitations en matière d’approvisionnement en aliments ou de consommation énergétique. La Région Rhône-Alpes en a fait un objectif. Pour y parvenir, elle favorise les projets visant l’autonomie fourragère par exemple, évitant ainsi à une exploitation d’acheter la totalité de la nourriture pour son troupeau à l’extérieur. Ce qui aura pour effet de réduire les dépenses mais aussi les coûts environnementaux.

Gérard LerasNous avons rencontré Gérard Leras, conseiller régional, président du groupe Verts et apparentés et agriculteur de profession. Il  préside depuis septembre 2006 le groupe « Autonomie alimentaire des élevages » mis en place par le président de la Région, Jean-Jack Queyranne.

Gérard Leras défend, entre autres, dans la perspective d’une rotation des cultures, la mise en place d’une filière soja non OGM, importé du Brésil. Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, un détour par la crise du lait :

La crise du lait  secoue le monde agricole depuis près d’un an. Le mouvement risque t-il de repartir ?

« Si aucune décision positive n’est prise, on peut s’attendre à une reprise des manifestations. C’est pour les éleveurs une question de survie. Une question qui dépasse d’ailleurs les fractions syndicales et les frontières. Nous l’avons vu ces derniers mois.

Il y a nécessité de régler, une bonne fois pour toutes, cette question des quotas dont on annonce la suppression depuis 2003. Pour ce qui est du prix du lait, il faut noter au passage que l‘accord signé avec Barnier (NDLR : accord signé en décembre 2008 entre producteurs et transformateurs) était opportuniste : la contractualisation montre que ça se retourne toujours contre les éleveurs et que ça bénéficie aux industriels.».

Qu’est-ce que la Région peut faire ?

« Par-delà les quotas et l’augmentation de la production déraisonnée, il y a un refus fondamental : la quantité n’est plus la référence à prendre en compte. La solution passe par la qualité, à savoir produire en réduisant l’usage des pesticides, produire en réduisant les intrants dans le maïs.

Elle peut aussi donner au CROF (contrat régional d’objectifs de filière ou de production), voté en juin, les moyens d’être efficace (1).

La Région peut également aider les territoires à se réapproprier la collecte de lait ou la transformation, dans le cadre des PSADER, par exemple. La concentration de la collecte entre les mains de six ou sept industriels aboutit à une véritable dépossession. Il n’y a que dans les Alpes du Nord (Savoie, Haute-Savoie) que le lait tient ».

Ces pistes de réflexion et d’action sont nées au sein du groupe Autonomie alimentaire mis en place depuis 2006 ?

« Oui, ce travail sur l’autonomie alimentaire des élevages va dans ce sens. En janvier 2009, la Région a voté un plan de soutien à l’autonomie alimentaire des élevages. Un diagnostic individuel est proposé aux éleveurs, concernant les différents secteurs de l’exploitation -entretien des prairies, séchage en grange, bâtiment agricole, etc – dans la perspective d’une autonomie alimentaire accrue. Il s’accompagne d’aides à la gestion optimisée des pâturages, à l’évolution de l’assolement, à la traite mobile, aux investissements individuels ou collectifs.

Nous avons réalisé en quatre mois 130 diagnostics sur Rhône-Alpes, avec une prise en charge à 80% par la Région. Nous pensons arriver à 150 diagnostics à la fin de l’année. Cela représente un budget de 1,1 M€. Mais le diagnostic constitue une première phase. En 2010, nous allons passer à l’étape suivante ».

Et quelle est l’étape suivante ?

« Faire diminuer le déficit protéique. Depuis le début de l’année 2009, nous travaillons à un plan soja. A titre expérimental, nous avons demandé à la coopérative agricole La Dauphinoise (Isère) de développer des cultures de soja entre Grenoble et Chambéry dans le cadre de la lutte contre la chrysomèle. Car la seule solution, face à ce parasite, est la rotation des cultures. Nous encouragerons donc les agriculteurs, quand le plan sera prêt, à produire du soja dans les années intermédiaires ».

Ce plan soja disposera t-il de moyens ?

« C’est un véritable enjeu. Il faudrait environ 350 000€ en Rhône-Alpes en 2010 pour mettre en route le plan soja. Il faut signaler que le soja n’apparaît pas dans le plan Protéines du ministère de l’Agriculture et qui doit entrer en application au 1er janvier prochain. Ce plan ne concerne que le lupin, et le pois féverole (2)».

Ce plan passe t-il par une filière d’importation ?

« Oui, il passe par la mise en place d’une filière d’importation de soja non OGM depuis le Parana (Etat côtier du sud est brésilien) avec qui la Région entretient une coopération décentralisée. Le Parana s’est prononcé officiellement contre les OGM. L’idée est d’instituer une contractualisation sur trois ans, de façon à ce que chacun y trouve son compte. Il nous faudra trouver une fourchette de prix acceptable ».

Vous êtes-vous déjà rendu sur place ?

« Oui, je suis allé au Parana en avril 2008 avec Gérard Seigle-Vatte, président de la Chambre d’agriculture de l’Isère et de la Région, ainsi qu’avec le vice-président de La Dauphinoise. L’enjeu est de taille pour Rhône-Alpes, région riche en  produits de qualité et en AOC: ne pas utiliser ce soja non OGM reviendrait à mettre en péril cette production(3)».

En conclusion, la Région doit-elle faire encore davantage pour l’agriculture rhônalpine ?

« C’est en tout cas ce que pensent les Verts. Nous voulons que le budget 2010  de l’agriculture soit en augmentation de 2,5M€ par rapport à celui de 2009. Vu le nombre de défis à relever pour parvenir à l’autonomie alimentaire des élevages, cela nous semble justifié ». (4)

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(1) Le CROF a pour objectif d’anticiper les évolutions de l’environnement économique agricole, s’organiser, s’adapter aux nouveaux enjeux nationaux et internationaux comme l’écoconditionnalité, enfin se doter collectivement de la capacité à innover. Un dispositif principalement destiné aux organisations interprofessionnelles. Les projets doivent, dans une approche collective, intégrer les enjeux régionaux et stratégiques pour les filières.

(2) Le plan protéines végétales fait partie du plan Terres 2020 -pour un nouveau modèle agricole français – rédigé par Michel Barnier, à la suite du Grenelle de l’Environnement. A l’inverse du projet de la Région, ce plan va dans le sens d’une réduction des importations de soja et du déficit commercial associé.

Quelques extraits : « Les protéagineux tels que la luzerne ou le pois féverole, sont essentiels en termes d’enjeux agronomiques (diversité des rotations, production de protéines végétales pour l’élevage, actuellement importées au 3/4 en Europe, structuration et richesse des sols, santé animale par augmentation de l’ingestion, prévention de l’acidose, apport de fibres).

Par ailleurs ils présentent des avantages environnementaux en termes de protection de la ressource en eau. Les légumineuses limitent sensiblement le lessivage des nitrates. Les racines des légumineuses peuvent capter l’azote grâce aux bactéries associées à leurs nodules (mycorhyses). Cette captation d’azote permet de se passer d’apport supplémentaire d’intrants azotés.

L’azote est ainsi fixé et disponible pour la culture suivante : introduites en tête de rotation, après récolte et retournement, l’azote est restitué au blé qui suit.

Favorables à la biodiversité, les légumineuses pérennes offrent un refuge pour de nombreuses espèces animales, et insectes utiles pour la lutte intégrée contre les ravageurs. Elles présentent également un intérêt économique : la réduction des importations de soja et le déficit commercial associé.

Enfin, leur insertion dans la rotation permet d’économiser les intrants minéraux et donc l’énergie directe et indirecte et de diminuer les émissions de protoxyde d’azote (gaz à effet de serre)».

(3) En Rhône-Alpes 30% des exploitations régionales produisent sous l’un des 120 signes de qualité et 70% de la production viticole est en AOC. Avec plus de 1 300 exploitations, Rhône-Alpes est aussi la première région française de production en agriculture biologique.

(4) Le budget régional 2009 consacré à l’agriculture, la forêt, les industries agro-alimentaires et le développement rural s’élève à 36 M€.

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Pierre Ribeaud:”Faire vivre le tram et le sillon alpin”

Pierre Ribeaud, conseiller général de l’Isère, vient de laisser sa place de premier secrétaire départemental du parti socialiste. En même temps, il vient de donner sa démission de conseiller municipal de St Egrève.

Conseiller général du canton du même nom, il a donné les raisons de ces décisions sur le site:reussir-saint-egrève.

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Pierre Ribeaud, ici lors de la présentation du nouveau collège Barnave de St Egrève

Quel est le sens de votre démission du conseil municipal de Saint Egrève ?

« Je suis conseiller municipal d’opposition depuis mars 2001, soit presque neuf ans. Bien entendu, nous avons abordé ce sujet avec les élus du groupe socialiste, communiste et apparentés et cette démarche se fait en total accord et totale transparence avec eux. Je reste en liaison avec eux pour que l’on puisse sur nos valeurs de solidarité, de justice sociale faire des propositions dans le sens de l’intérêt général.
Fidèle à mes conceptions républicaines, j’ai aussi souhaité avant l’annonce officielle de ce départ, informer Madame le maire de Saint Egrève et lui faire part des raisons de cette décision. »

 

Quelles sont ces raisons ?

« Elles sont diverses. Il s’agit de dégager du temps pour mes nouvelles responsabilités de conseiller général depuis les élections cantonales de mars dernier qui m’ont amené à de nouvelles missions.
En effet, j’ai été nommé vice président du SMTC, (syndicat mixte du transport en commun de l’agglomération) en charge du schéma directeur tramway.

Aux côtés du président Marc Baïetto, je vais avoir à travailler, en particulier sur l’arrivée de la ligne de tram E entre Grenoble et le Fontanil, dossier qui va évidemment monter en charge.
Une deuxième fonction de vice président délégué au conseil général en liaison avec les régions et les départements m’a été confiée. Il s’agit principalement de faire vivre le Sillon Alpin, une organisation entre les départements de l’Isère, la Savoie, la Haute Savoie, et la Drôme qui a pour objet d’avoir des politiques cohérentes en matières de déplacements, d’habitat (foncier), de développement durable et d’économie.

Par ailleurs, afin de ne pas cumuler les responsabilités et d’avoir cette réelle disponibilité j’ai pris aussi la décision de quitter mon mandat à la tête de la fédération du parti socialiste avec le même enjeu : être plus disponible sur mon canton, pour les communes et pour leurs habitants.
Je reste totalement à la disposition des élus du conseil municipal comme je l’ai proposé à madame le maire pour présenter, si besoin, et pour informer des choix ou des actions du conseil général et ceci dans un souci d’avoir ce partenariat fort entre collectivités territoriales, à un moment ou l’Etat se désengage de plus en plus.

Enfin, et je crois que cela a été bien compris, il s’agit d’une position de clarification vis-à-vis de l’ensemble des communes d’avoir un conseiller général qui ne soit issu d’une municipalité quelle qu’elle soit. Cela permet incontestablement de porter les dossiers cantonaux avec plus de recul, du dialogue, de l’échange sur les enjeux.

 


Quels vont vos objectifs ?

Le canton de Saint Egrève est composé de sept communes qui ont toutes des projets d’aménagement; je souhaite, comme je l’ai toujours fait, les accompagner. Les règles du jeu ont changé car nous avons mis en place nos politiques territoriales qui demandent un accord avec tous les élus de ce canton et au delà car nous faisons partie de la « couronne nord » qui comprend également le canton de Meylan et les communes de Domène et de Murianette.

Le soutien aux associations fait partie aussi des enjeux.

Mais ma priorité outre le tram, reste d’assurer la mise en œuvre de dossiers qui faisaient partie de mes engagements de 2004 : le nouveau collège Barnave qui sera totalement achevé en mai prochain (il reste des logements à construire, la cour intérieure, le parking vélos à achever), l’importante rénovation sur trois ans du collège Chartreuse, l’ouverture du pont barrage au premier semestre 2010 avec la construction d’un parking relais, l’extension et la réhabilitation du foyer départemental…

Ces importants travaux participent aussi au soutien de l’activité économique. Ils sont aussi un progrès social, éducatif, environnemental pour les habitants, car au conseil général notre majorité travaille activement pour plus de solidarité, plus de logement social, plus de moyens pour les collèges, plus de soutiens aux entreprises. Et nous le prouvons au quotidien.

 

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Arnaud Fréchat: “Grâce à nouveaux.producteurs.com, on touche une autre clientèle”

Chez les Fréchat, on n’est pas agriculteur par hasard ou par défaut. « Nous sommes installés à Sardieu, à la ferme du Rival depuis plusieurs générations et c’est tout naturellement que j’ai pris la succession de mon père le 1 er janvier 2006″, annonce fièrement Arnaud.

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L’exploitation est uniquement basée sur l’élevage de porcs. 40 mères et leurs suites. L’exploitation est labéllisée bio. Cela signifie que l’alimentation est réglementée de même que les soins. Les antibiotiques, par exemple, sont bannis. « Nous sommes un peu des précurseurs car depuis 1966, nous utilisons le concept bio… »

Les porcs sont élevés en plein air, ils ne manquent pas d’espace et vivent de façon tout à fait naturelle. « Rien n’est fait pour les contrarier ». En moyenne, 6 porcs sont abattus par semaine, « quand ils sont au top ! « . Ceux-ci sont ensuite transformés sur l’exploitation de façon artisanale.

 » C’est mon père qui a assuré ce boulot pendant 20 ans. Il m’a tout appris et j’ai repris ses recettes pour fabriquer mes saucissons, saucisses, godiveaux, pâtés, terrines sans oublier les traditionnelles grillades. »

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La vente se fait sur les marchés bio de Meylan, le mercredi, de Tullins le vendredi après midi et de la place Hoche à Grenoble le samedi matin. Les produits sont de qualité et les clients sont fidèles. » Ils sont prêts à payer un peu plus cher la marchandise s’ils sont sûrs que celle-ci est irréprochable. Par contre, on nous rabâche que les produits bio sont plus chers, c’est sans doute vrai mais les coûts de production et de fabrication sont supérieurs à ceux pratiqués dans le traditionnel. Par contre, il m’est arrivé de trouver des produits en grandes surfaces à des prix plus élevés que les nôtres. Pour quelles raisons ? Tout simplement parce que nous n’avons pas d’intermédiaires. »

Pour reprendre une maxime célèbre, on dira que c’est livré directement du producteur au consommateur !

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Depuis un an, les produits de la ferme du Rival sont distribués par les nouveaux producteurs.com. « J’ai trouvé le concept novateur, des responsables dynamiques et sérieux, ils ne cherchaient à vendre que des produits de qualité, bio de préférence. On a tout de suite accepté, d’autant plus que l’on ne prenait aucun risque. Ils nous passent commande par internet, viennent chercher la marchandise avec des véhicules frigos et ils livrent leurs clients dans la foulée. La fraicheur du produit est donc à son maximum, le porc étant abattu le jeudi, débité le lendemain et vendu dans la foulée. »

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Ce concept « me plaît bien car il permet de s’ouvrir vers l’extérieur, et la culture internet : c’est l’avenir. »

Grâce à nouveaux producteurs.com, Arnaud Fréchat touche une autre clientèle. « Une clientèle que je n’aurai pas eue. De plus, si au début, il a fallu un temps d’adaptation, aujourd’hui ça tourne bien et les clients sont de plus en plus fidèles et nombreux. Je suis ravi de cette collaboration et de livrer des clients qui n’ont pas la possibilité de se rendre sur les marchés pour acheter nos produits ».

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Robert Morel: “La base de la réussite: la qualité”

Robert Morel est éleveur à Nivolas, près de Bourgoin, de façon très naturelle : « Chez les Morel, nous sommes éleveurs bouchers de génération en génération, nous en sommes à la cinquième !  » Il élève une cinquantaine de bêtes, des charolaises, dans des conditions optimales; prairies, foin, céréales, font partie intégrante de leur univers.

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Robert Morel a très vite compris que le travail évolue, les demandes des consommateurs également.  » J’ai dû me lancer dans la cuisine et proposer à mes clients des plats prêts mais élaborés par moi-même. J’ai eu la chance de côtoyer des grands chefs comme Guy Savoy qui m’ont donné d’excellents conseils. »

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Robert Morel a su également s’entourer d’un personnel compétent. « On gère une exploitation, une boucherie, un laboratoire pour la partie traiteur et plats cuisinés situés à Bourgoin, à deux pas du stade Pierre Rajon. Tout ceci représente une vingtaine de salariés.

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« A moi de trouver du personnel au top mais surtout complémentaire. En un mot, certains salariés sont plus agriculteurs que charcutiers, d’autres plus bouchers…. »

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Robert Morel est tout heureux de participer à l’aventure de nouveaux-producteurs.com.
« C’est une excellente initiative qui sera, j’en suis persuadé, couronnée de succès. Elle est très intéressante car elle met en avant les petits producteurs qui travaillent dans le respect de l’environnement.

A mon sens, la base de la réussite sera la qualité. Celle du service rendu mais aussi celle des produits livrés. A ce niveau là, on a pas le droit de gruger le client qui nous fait confiance.

En ce qui me concerne j’essaie de fournir à nouveaux-producteurs.com des produits au top, avec un bon rapport qualité prix pour le client. Pour l’instant, notre collaboration fonctionne à merveille, les clients sont contents, il n’y a pas de raisons pour que cela cesse. »

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Christian Nucci répond à Sillon38

A l’occasion de cette nouvelle année, Christian Nucci, vice-président du Conseil général de l’Isère, chargé de l’Agriculture, du Développement rural, de l’équipement des territoires et de l’Eau, a accordé à sillon38 un interview sur quelques questions d’actualité.

Quels sont les défis de l’agriculture iséroise?

« Dès cette année, quatre nouveaux défis, que nos principaux donneurs d’ordre n’ont pas anticipé, sont à relever: le défi alimentaire (sécurité, traçabilité, qualité bio), le défi environnemental (systèmes d’exploitations écologiques, peu demandeurs d’eau) le défi énergétique (économie de charge d’exploitation, nouveaux débouchés) le défi de la croissance territoriale à toutes ses échelles et en équilibre avec les dynamiques urbaines. Il s’agit par ailleurs, dans la perspective de la réforme de la PAC en 2013, de faire le tri des actions iséroises eurocompatibles. »

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Parmi les possibilités de diversification, Christian Nucci cite le chanvre. Des expérimentations sont faites en Bièvre-Valloire
La perte de terres agricoles est évaluée à 1184 ha par an, soit 22 exploitations dites professionnelles. Comment faire face à la pression foncière?

« Le problème est que les dispositions prises par le préfet de l’Isère, Michel Bart, en février 2005 , pour préserver les espaces agricoles, ne sont pas appliquées. Résultat, on assiste à un mitage de l’environnement, regrettable. Pour agir, il faut voir au-delà de l’échelon communal et du PLU. C’est à travers les SCOT (schémas de cohérence territoriaux), qui permettent une vision plus large du territoire, qu’il faut mettre en oeuvre une politique de mise en valeur des espaces agricoles et naturels (PAEN) péri-urbains (délimitation des périmètre, droit de préemption, programme d’actions) ».

L’accès au foncier des jeunes porteurs de projets agricoles est une préoccupation du Conseil général de l’Isère. Le Département s’est engagé en 2008 à inciter à la transmission d’exploitation en faveur des jeunes hors cadre familial. Les objectifs affichés:

1/inciter les agriculteurs cédants à la transmission d’unités d’exploitations
2/inciter les agriculteurs cédants et les propriétaires à louer le foncier ou à transmettre le capital d’exploitation à un jeune agriculteur

3/favoriser l’installation agricole par la reprise d’exploitation hors cadre familial

4/faciliter l’installation sur de petites structures

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Le prefet Morin, André Vallini, président du conseil Général de l’Isère, Christian Nucci et Stéphane Vial, président de JA 38, fêtant la signature de la charte d’installation 2007, à Beaucroissant

« Dès le second tour des municipales, précise Christian Nucci, il sera nécessaire de rappeler aux maires de l’Isère le bien fondé de la charte départementale d’installation signée en 2007 à la foire de Beaucroissant ».

Depuis deux ans (loi de décentralisation du 22 février 2005 relative au développement des territoires ruraux) les Départements ont hérité de l’aménagement foncier et hydraulique. Un secteur d’intervention plutôt délicat. Comment se passe ce transfert de compétences?

« Ce sont toujours des dossiers compliqués car ils donnent lieu la plupart du temps à des conflits d’intérêts, liés notamment à l’éternel débat sur le coût de la terre. Mais il faut souligner qu’avec le SYMBHI (syndicat mixte des bassins hydrauliques de l’Isère), nous avons fait un travail fructueux qui a permis d’intégrer le maintien de l’agriculture péri-urbaine dans le projet d’aménagement de l’Isère entre Pontcharra et Grenoble ».

Le projet « Isère amont » repose essentiellement sur la mise en place de 16 champs d’inondation contrôlée (étalement de la crue dans 3400 ha de zones agricoles et naturelles) qui permettront de contrôler et de réduire le débit de la crue bicentennale et ainsi d’éviter les ruptures de digues. L’ensemble de ces aménagements permettra de réguler le débit de crue qui passera de 1 900 m3/s à Pontcharra à 1 200 m3/sec à Grenoble. Dix ans de travaux prévus, coût estimé: 75 millions d’€ . Début des travaux: début 2008

La question des abattoirs est au coeur de l’actualité iséroise, notamment. Qu’est-ce qui justifie la réduction du nombre des lieux d’abattage?

« Le volume d’abattage diminue considérablement en Rhône-Alpes. On dit couramment que dans un seul abattoir breton, on abat davantage que dans tous ceux de notre région. Il faut ajouter à cela le fait que les chaînes de la grande distribution possèdent leur propre réseau d’abattage. En Isère, sur les 5 établissements qui existaient, il n’en reste aujourd’hui que deux, La Côte-Saint-André et Grenoble-Le Fontanil (celui de La Tour-du-Pin est privé). L’État a fait son enquête et décidé la fermeture du premier. Le Département a voulu sauver l’abattage public en Isère. Il a pris la décision de maintenir en activité celui de Grenoble-Le Fontanil qui connaît, c’est vrai, quelques problèmes d’entretien et de gestion.

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Le site de Grenoble-Le Fontanil devra être repensé afin de limiter les charges

Il va falloir rectifier le tir ! L’objectif est de réduire la voilure, les frais de fonctionnement, peut-être de mettre une partie en location, de faire appel à des partenaires privés ».

Beaucoup craignent la fermeture prochaine de Grenoble…
« Ce n’est pas impossible mais pour l’instant on a la chance d’en sauver un, sachons la saisir ».

Quid du personnel de La Côte-Saint-André?

« On comprend son inquiétude mais il doit savoir que l’État est en train d’étudier la question et tout sera mis en oeuvre pour trouver des solutions de reclassement ».

A propos des élections municipales, certaines communes se retrouvent sans candidats annoncés !

« C’est exact, autour de Beaurepaire, par exemple, une dizaine de maires ne repartent pas. Les contraintes sont de plus en plus lourdes pour les maires de petites communes, les responsabilités également. Pour beaucoup , il est impossible de gérer une vie professionnelle associée à un rôle important dans sa commune. C’est un problème en 2008 mais je crains qu’il s’amplifie lors des prochaines élections municipales ».

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bilan de la quinzaine, avenir du chéquier..

Rencontre impromptue avec Stéphane Vial, président des jeunes agriculteurs de l’Isère, à l’assemblée générale d’Agritabac.

À propos de la quinzaine de l’installation: «  Le bilan est excellent. Cette opération est attendue par de nombreux jeunes mais aussi par les futurs cédants. Le salon organisé à Salagnon, une première, est marqué du sceau de la réussite. L’idée de réunir en un même lieu tous les acteurs de la filière emploi et installation est bonne. On ne doit pas en rester là. Il faut, à mon sens, renouveler cette opération et je dirai qu’il faudrait en organiser trois par an sur l’ensemble du département, par territoires, en partenariat avec les écoles et lycées concernés. La journée consacrée à l’apiculture a réuni une assistance nombreuse à La Côte-St-André. L’apiculture peut être un bon plan, d’autant plus qu’elle demande peu de foncier. Cependant, je me pose une question: peut-on en tirer un revenu suffisant ou faut-il avoir un une activité complémentaire? Cette démarche d’installation en apiculture entre bien en phase avec la volonté du Conseil général qui a mis en place une charte dans ce domaine. »

Et le tabac: « Selon mes informations les tabaculteurs ne subissent pas la campagne anti tabac menée par le gouvernement. C’est une production à ne pas négliger car elle assure une plus value intéressante à l’hectare.

Dernier point abordé, la politique agricole de la région. « Une grosse pub a été faite à propos de la politique d’installation que veut mener le Conseil régional. Il ne faut pas se laisser berner. Elle n’apportera pas grand chose. On annonce 9 millions d’euros. Ils correspondent à quoi par rapport aux autres postes? Comment comprendre enfin que l’on dise tout pour l’installation et que l’on apprend que le Conseil régional va supprimer le chéquier installation?

Le chéquier installation; il faut le conserver, il n’y a pas d’autres alternatives »

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loup: même combat que les agriculteurs….

Quelques semaines après l’ouverture de la chasse, un point a été fait avec Roger Baboud Besse, président de la fédération départementale des chasseurs de l’Isère.

Comment s’est passée l’ouverture?

« C’est une bonne ouverture; pourtant on a eu quelques craintes au niveau du petit gibier à cause d’une météo défavorable. Bien entendu, on a subi comme les agriculteurs des attaques liées au loup. Pour le sanglier, l’année sera bonne, on maîtrise bien sa population et je me réjouis que l’on ait pu reprendre le dialogue avec les responsables professionnels agricoles. Ce n’est plus la guerre, on travaille normalement et j’estime que l’on fait du bon travail.

Il y a toujours des dégats mais ils sont réglés en bonne intélligence. Il en est de même avec les forestiers. Ceux-ci subissent des dégâts causés par les chevreuils et les cerfs. On essaie de s’entendre et cela se passe bien. Je suis également satisfait de noter que depuis l’an 2000 nous n’avons pas d’accident lié à la chasse. Une grosse campagne de communication et de prévention a été faite dans ce sens et elle porte ses fruits. »

Dossier brûlant le loup

« Hélas, le sujet est: bien brûlant. Le loup attaque les ovins mais il ne faut pas oublier qu’il s’attaque également à la faune sauvage. Le loup attaque le mouton en été et les chevreuils, chamois, mouflons cerfs et faons en hiver. Il les attaque en zone forestière. Les dégâts causés par le loup sur la faune sauvage sont moins médiatisés mais, croyez-moi, sont du même calibre, aussi spectaculaires et aussi dramatiques.

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Ces attaques sont tellement fréquentes qu’elles sont entrées dans les moeurs!

À ce niveau, notre combat doit être le même que celui que mènent les agriculteurs. Je me mets, sans démagogie aucune, à la place de ces derniers mais également des bergers. Certes, il y a une différence importante, lorsque des bêtes d’élevage sont massacrées c’est tout un travail qui est remis en cause. Je me dis que l’on vit une drôle d’époque. je ne comprends pas, je n’admets pas qu’une minorité impose le loup mais également l’ours, le lynx et que face à cela la grande majorité est impuissante, n’est pas écoutée. »

Vous avez également travaillé avec le monde agricole sur les jachères fleuries

« C’est exact. Nous menons en partenariat avec la chambre d’agriculture, la DDAF, le conseil général et les apiculteurs des opérations de jachères fleuries Celles ci jouent un rôle bien plus important que celui du coup d’oeil esthétique. Elles permettent en particulier au petit gibier de plaine de trouver tout ce dont il a besoin. Nous obtenons le même résultat avec les jachères dites de faune sauvage. Ces jachères fleuries jouent un grand rôle et pourtant l’union européenne veut les supprimer. C’est une aberration. Nous sommes intervenus auprès des différents décideurs locaux afin de trouver une solution. »

La jachère de Beaucroissant est-elle un coup médiatique?

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« Pas du tout. Il est exact qu’elle est au bord de la route, à proximité d’un village connu grâce à sa foire. Le terrain plat, d’une superficie importante, tous les atouts étaient réunis pour y installer une jachère fleurie »

C’est un peu votre participation au Grenelle de l’environnement?

« Nous n’avons pas attendu le Grenelle de l’environnement pour se pencher sur différents problèmes liés à ce sujet. Cela fait plus de 10 ans que l’on travaille sur de nombreux dossiers, dans de nombreuses régions et que nous signons des conventions avec différents partenaires afin de préserver notre environnement. »

Comment voyez-vous l’avenir de la chasse?

«On subit tout, comme les agriculteurs, une baisse des surfaces rurales, surtout en plaine et bien évidemment au bord des villes. Cela n’empêche, on n’arrivera pas un jour à une chasse O. Nul ne doit ignorer que nous sommes la deuxième fédération en France, au niveau des adhérents, après le football.

Notre activité doit rester une activité de loisir, celle-ci doit être liée à la protection de l’environnement, au maintien de la ruralité … Nous devons poursuivre nos campagnes d’information pour le prouver et pour tenter de convaincre les sceptiques que nous ne sommes pas que des sanguins, des tueurs. Pour en revenir au problème du loup, je trouve ridicule de classer les animaux en protégés, nuisibles, chassables…

Il serait à mon sens plus intelligent de réguler toutes les espèces en fonction de normes bien précises, bien établies. Cela éviterait de nombreux problèmes… »

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