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Le massif alpin face au changement climatique


Encore combien de temps, les neiges éternelles?  Le massif alpin présente une vulnérabilité particulière où le réchauffement pourrait affecter toutes les politiques de développement

Ca va chauffer. Ca a même bien commencé. Et les acteurs du massif alpin, massif souvent présenté comme plus vulnérable que d’autres, auraient tort de tergiverser, de gagner du temps ou de minimiser les effets de ce changement climatique planétaire. Il est temps de passer à l’action, de s’adapter, d’anticiper.
C’est l’un des enseignements que l’on peut tirer de la journée de réflexion et d’échanges qui s’est déroulée dans l’hémicycle du Conseil général de l’Isère (où la climatisation était en marche) sur le thème de «l’adaptation au changement climatique : un défi pour les acteurs du massif alpin » . Des acteurs qui étaient venus en nombre des départements concernés pour  participer à cette journée à l’initiative du Comité de massi des Alpes. L’après-midi, deux tables rondes, l’une centrée sur le témoignage d’acteurs engagés, l’autre sur les politiques publiques, a donné lieu à des débats soutenus.

Michel Bouvard, président de la Commission permanente du Comité de massif des Alpes, qui joue un rôle de veille permanente, a souligné en préambule les dangers d’une raréfaction de la ressource en eau qui se manifeste aujourd’hui, entre autres, par « des conflits d’usages de plus en plus fréquents ».

L’état des lieux fait ensuite par Marie-Antoinette Melieres, professeur à l’UJF Grenoble, graphiques à l’appui, a confirmé que l’heure n’était plus à la polémique sur la réalité du phénomène : « La terre se réchauffe,  la température a pris un degré de plus, en moyenne, entre 1900 et 2000 ». Un phénomène mondial qui apparaît comme irréversible, sans appel : « C’est terrible ce que je vous dis, mais dans les deux prochaines décennies, le réchauffement est inscrit, quel que soit le scénario ». Quant aux glaciers, on apprend que leur destin, est écrit lui aussi, et ce depuis des lustres : « Même en l’absence de gaz à effet de serre, tous les glaciers continueraient à régresser, souligne l’universitaire : ils ne sont plus à l’équilibre ».(1) « Tous les scénarios du GIEC (2), ajoute t-elle, montrent que l’on est sur la branche la plus pessimiste des effets de serre ».

De quoi nourrir quelques inquiétudes. C’est le moins que l’on puisse dire. La présentation par Emmanuelle Marcelpoil (CEMAGREF Grenoble) de l’enquête (3) réalisée auprès d’une trentaine d’acteurs, de l’aménagement et du développement du massif alpin, montre pourtant que même s’il n’y a pas de contestation du phénomène ,« des interrogations, parfois le scepticisme, demeurent sur les effets probables du changement climatique et sur les échéances. C’est d’une certaine manière un phénomène qui apparaît encore lointain dans le temps et dans l’espace ». Bref, certains essaient de gagner du temps, de se convaincre que « d’autres seront touchés avant nous ».

Les tendances de long terme peuvent être masquées par des évolutions de court terme ou des événements ponctuels: un hiver bien enneigé comme l’hiver 2008-2009 peut contribuer à semer le doute

Plus 1,4 à 5,8°C d’ici 2100

Si l’on se réfère au rapport du GIEC, il faut s’attendre à ce qu’à l’horizon 2100, l’augmentation de la température de la planète se situera entre 1,4°C et 5,8°C, selon la croissance économique, l’augmentation de la population et la partie de la planète concernée. L’enquête en question a dressé une liste des évolutions envisageables pour le territoire alpin, avec:
• Une réduction du manteau neigeux et une perte possible d’attractivité des sports d’hiver
• Une diminution sensible du nombre de jours avec neige au sol en dessous de 1500m d’altitude
• Une augmentation des risques naturels
• Une agriculture impactée par le manque d’eau, des événements extrêmes et le développement d’insectes nuisibles
• Une forêt affectée par l’accroissement de la période de végétation, la sécheresse et les incendies, le remplacement des conifères par les feuillus, le report des espèces vers le nord
• Une augmentation des précipitations en hiver et une diminution en été, des risques accrus d’inondation
• Une plus grande dépendance par rapport aux énergies émettrices de gaz à effet de serre
• Un accroissement des émissions de cO2 par les déplacements automobiles

Passer à l’action

Bref, un insupportable catalogue de calamités qui ne peut qu’inciter chacun à passer à l’action quand il est encore temps.
Des initiatives, des outils, des politiques se mettent en place à tous les échelons (Etat, Région, départements, communes, associations, etc.) témoignant d’une prise de conscience largement partagée. Citons parmi les éléments moteur la Convention alpine, la CIPRA (Commission internationale sur l’avenir des Alpes), l’ANEM (association des élus de la montagne), mais aussi l’ANMSM (association nationale des maires des stations de montagne), les PNR, la METRO et l’agglomération de Chambéry qui ont mis en œuvre des plans climat territoriaux, des associations comme Moutain Wilderness qui milite depuis toujours en faveur de pratiques respectueuses de la montagne et de l’environnement, Mountain Riders, qui s’attache notamment à sensibiliser les stations au développement durable, et beaucoup d’autres.

Reste que, dans la hiérarchie des préoccupations, certains acteurs du massif alpin interrogés dans le cadre de l’enquête mentionnée précédemment, placent le changement climatique après l’action sur le foncier et l’habitat, l’évolution des clientèles, la rareté ou le prix de l’énergie.

Tous les rapports, toutes les enquêtes vont dans le sens  de l’urgence de s’adapter, d’anticiper : « Quelle que soit l’efficacité des politiques d’atténuation, souligne Emmanuelle Marcelpoil, « une élévation de la température, de l’ordre de 2° semble inéluctable à l’horizon 2050. Il convient donc d’en anticiper les effets ». En ne se contentant pas de brancher la clim !  (c’est de l’humour !).

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(1) Une étude réalisée notamment par des chercheurs du Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement (LGGE, CNRS / Université Grenoble 1) montre que le réchauffement climatique a un impact fort sur les glaciers de montagne.
Elle concerne le glacier de Saint-Sorlin (Massif des grandes Rousses, 3400 m d’altitude). Une simulation de l’évolution de ce glacier au cours du XXIe siècle, réalisée dans le cadre du scénario B1 du GIEC sur les émissions futures des gaz à effet de serre, montre que, malgré un scénario climatique relativement optimiste (+1,8°C d’ici 2100), il devrait avoir pratiquement disparu en 2060, laissant augurer une destinée analogue pour l’ensemble des petits glaciers des Alpes situés à basse ou moyenne altitude.

(2) Les experts du Groupe Intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont rendu public leur dernier diagnostic en février 2007à Paris : pour les scientifiques, le réchauffement climatique se dessine de plus en plus précisément et il ne fait plus guère de doute que les activités humaines en sont la cause.

(3) Etude réalisée en 2008 pour le Commissariat de massif par Emmanuelle Marcelpoil (UJF Grenoble)l, Robert Mugnier (MDP73-Le Bourget-du-Lac et Philippe Langevin (Université de la Méditerranée-Marseille) avec le concours d’Emeline Hatt, stagiaire

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