À l’initiative de la Préfecture de l’Isère, une visite d’exploitation s’est tenue le 12 août 2026 à l’EARL La Ferme du Lotaret, exploitée par Cédric RUZZIN à Poliènas.
Organisé par la Préfecture en présence du Secrétaire général de la Préfecture, Mahamadou DIARRA, le Président de la Chambre d’agriculture de l’Isère, Aurélien Clavel , le Vice-président du Département en charge de l’Agriculture, Cyrille Madinier, ainsi que plusieurs représentants professionnels et élus locaux.
Principaux constats sur l’exploitation
Une exploitation fortement impactée par les aléas climatiques
L’exploitant a présenté les difficultés rencontrées sur l’ensemble de ses productions. L’épisode de grêle du 16 juillet a provoqué des pertes estimées entre 50 et 70 % de la récolte de noix. Les fortes chaleurs et le déficit hydrique affectent également les cultures, notamment le soja, ainsi que les ressources fourragères.
La sécheresse a conduit au rapatriement anticipé des brebis des coteaux vers la plaine en raison de l’absence totale d’herbe. Les stocks fourragers destinés à l’hiver sont déjà entamés et l’exploitation reste dans l’attente de précipitations pour permettre un regain des prairies.
Lors de la visite de terrain, les participants ont constaté l’ampleur des dégâts : environ 80 % des noix présentent des impacts de grêle et les effets de la canicule sont visibles sur une grande partie des vergers avec des marques de brûlure

Des difficultés économiques et humaines
Au-delà des pertes de production, l’exploitant a souligné les incertitudes économiques auxquelles il est confronté, notamment sur la fixation tardive des prix des noix et des céréales. Il a également évoqué la charge administrative croissante liée à la gestion de plusieurs ateliers de production.
L’accumulation des difficultés climatiques, économiques et sociétales génère un fort épuisement chez l’exploitant, qui a également exprimé son inquiétude face à l’image parfois négative véhiculée sur le métier d’agriculteur.
Adaptation au changement climatique : l’enjeu central de l’eau
Les échanges ont largement porté sur la question de l’eau, identifiée comme un enjeu majeur pour l’avenir de l’agriculture. Le projet d’irrigation de Poliènas a été évoqué, tout en soulignant que l’irrigation ne constitue pas une solution unique. Les participants ont insisté sur la nécessité de combiner plusieurs leviers : adaptation des espèces, sélection de variétés plus résistantes à la sécheresse et amélioration des pratiques agronomiques.
Les représentants professionnels ont rappelé l’importance de soutenir l’expérimentation et de développer des réponses adaptées aux spécificités de chaque territoire.
La problématique de l’eau concerne également les territoires de montagne, où les difficultés d’abreuvement des troupeaux et le manque de ressources fourragères se renforcent. La possibilité de développer des retenues d’eau à usages multiples a été évoquée.
Réponses et engagements des pouvoirs publics
Le représentant de la Préfecture a qualifié la situation de sécheresse d’exceptionnelle et a présenté les premières mesures mises en œuvre. Une cellule sécheresse départementale a été installée afin d’identifier rapidement des solutions d’urgence et de préparer les adaptations à plus long terme. [
Parmi les mesures déjà déployées figurent :
- l’arrêt temporaire de certains contrôles administratifs ;
- l’autorisation du pâturage et du fauchage des jachères ;
- la mobilisation du dispositif MSA de prise en charge des cotisations sociales.
La Préfecture a également confirmé une réponse favorable aux demandes de dérogation permettant la valorisation des jachères et la coupe de haies afin de sécuriser l’alimentation des troupeaux.
Enfin, l’existence du fonds hydraulique de l’État destiné à accompagner les projets d’adaptation liés à l’eau a été rappelée.
Points de vigilance complémentaires
Plusieurs sujets nécessitant une attention particulière ont été soulevés :
- les conséquences financières des descentes anticipées d’alpage sur les groupements pastoraux, notamment pour le financement des bergers ;
- le coût croissant de l’irrigation pour les exploitations agricoles ;
- l’accentuation des conflits d’usage en milieu rural, nécessitant un renforcement de l’information et de la sensibilisation du public ;
- l’impact généralisé de la sécheresse sur l’ensemble des productions agricoles du département.
Cette visite a permis de mesurer concrètement les conséquences de la sécheresse, de la canicule et des épisodes de grêle sur les exploitations agricoles iséroises. Les échanges ont mis en évidence l’urgence de mesures de soutien à court terme pour préserver les systèmes d’élevage et de production, mais également la nécessité d’engager une réflexion collective sur l’adaptation de l’agriculture au changement climatique, en particulier autour de la gestion de l’eau.
La solidarité entre agriculteurs, l’accompagnement des pouvoirs publics et le développement de solutions adaptées aux territoires ont été identifiés comme des leviers essentiels pour faire face à ces défis.

