Rhône-Alpes: la filière chanvre trace sa route

Les agriculteurs du Vercors, membres de l’APAP, réunis vendredi à Saint-Martin-de-Clelles à l’occasion de leur assemblée générale, avaient invité Pierre-Jean Colombier, de ChanvRA, l’organe de l’ interprofession créé en février dernier, à venir faire une présentation détaillée de cette culture considérée comme riche d’avenir. Une culture qui peut avoir sa place  dans le développement durable des territoires et favoriser la création d’entreprises locales et donc d’emplois.

ChanvRA , qui a pour but de promouvoir la filière chanvre en Rhône-Alpes, s’y emploie. Cette association professionnelle regroupe des entreprises de l’Isère, du Rhône et de la Drôme. On compte aujourd’hui une vingtaine d’exploitants cultivant le chanvre en Isère. Le Vercors s’y intéresse et Guy Durand, président de l’APAP, s’est dit prêt à soutenir les projets intégrant cette culture qui revient en force après avoir disparu à la fin des années 50, début du règne de la pétrochimie.

En Isère, deux pôles chanvre:

Bièvre-Valloire: le projet “développement du chanvre industriel en Bièvre-Valloire”, porté par le syndicat mixte du Pays de Bièvre-Valloire, à été labellisé par l’État en décembre 2006  “pôle d’excellence rurale”, dans la catégorie bio ressources. Un soutien de 500 000 € sera apporté par l’État. En 2009, on compte environ 50ha de culture de chanvre.

Le Trièves: une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) a été constituée le 19 octobre 2007 à Mens. Dénommée « Avenir chanvre », elle regroupe une vingtaine d’actionnaires (agriculteurs, organismes professionnels, personnes de soutien, et les communautés de communes de Mens, Clelles et Monestier-de-Clermont). En 2002, on ne comptait que 0,5ha de culture de chanvre. On en comptait 36 ha en 2008.

La paille et le grain

La filière chanvre industriel est donc en gestation. ChanvRA défriche, procède à des essais de plantations, analyse les données agronomiques en fonction des variables, les rendements à l’hectare, développe des projets de recherche et développement avec des entreprises. Mais la structuration de la filière est complexe, multiple et le  chemin est encore long.

Pierre-Jean Colombier: “C’est une culture très proche de celle du maïs, qui peut se faire jusqu’à 1000m d’altitude. On peut cultiver la graine uniquement-comme au Canada- la paille, ou les deux, graine et paille. Sur le fond, nous avons tout intérêt à jouer la carte bio qui permet une bonne valorisation. Techniquement, les avantages de la culture de chanvre: c’est une culture qui étouffe les mauvaises herbes, qui ne nécessite ni irrigation ni traitement. Les inconvénients: sa récolte, qui demande des outils spécifiques”.

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La récolte du chanvre dont les tiges sont très résistantes, nécessite des outils spécifiques (photo Bombe verte)

Plusieurs témoignages dans la salle relatent en effet la difficulté de trouver les matériels adéquats pour la récolte de chanvre. “Avec des machines classiques, dit un agriculteur de Monestier-du-Percy , c’est impossible. On ne fait pas 20 mètres! Les lames ne tiennent pas le coup. C’est de la corne, cette plante!”.

Il faut donc importer le matériel. Comme le raconte Pierre-Jean Colombier, “une moissonneuse tchèque, qui effectue trois opérations,  a été louée pour expérimentation. D’une part, ça a coûté cher et d’autre part, la machine est arrivée avec trois semaines de retard, lorsque les graines étaient par terre! ”

Unité de défibrage: ne pas brûler les étapes

Dernier maillon de la filière amont, l’usine de défibrage représente un gros investissement. Le défibrage est l’ opération qui consiste à séparer la chénevotte de la fibre. La création de cet outil industriel (pressenti sur le territoire de La Côte-Saint-André),  figure dans l’étude de faisabilité du projet de développement du chanvre industriel du syndicat mixte de Bièvre-Valloire co-financée par le CG38.

Mais le projet, programmé pour 2009, ne verra pas le jour cette année. Pour être rentable et prétendre à une vocation régionale, celle-ci devra traiter la production d’une surface minimum de 600 hectares de chanvre. L’heure n’est pas venue. Pour ChanvRA, on ne peut brûler les étapes: “Nous avons besoin de réévaluer le projet, souligne Pierre-Jean Colombier. Un projet dont le budget est proche d’un million €. Les fonds du PER ne seront pas utilisés en 2009. Tout le monde est d’accord pour prolonger le calendrier. Il faut plutôt envisager la construction de l’usine de défibrage pour 2011”.

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Des débouchés multiples

C’est fou ce qu’on peut faire avec le chanvre industriel: de la bière, des billets de banque, des briques, du carburant, des draps, des carrosseries et des pare-chocs, etc.

paille:   la chènevotte (partie centrale de la tige) est utilisée pour le bâtiment (briques de chanvre, notamment), l’horticulture (paillage), l’élevage (litières) , etc.

fibres: le chènevis (huile et graines issues de la partie périphérique de la tige) est utilisé dans l’alimentation (produits riches en protéines et oméga3), la cosmétique, le textile, plasturgie, etc.

Gilbert

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