Arrachage de vignes transgéniques à Colmar: les réactions

Le 15 août, une soixantaine de ”faucheurs volontaires” ont arraché 70 porte-greffes transgéniques de vigne plantés au centre de Colmar.

Suite à cette action voici plusieurs réactions.

Celle de l’INRA:

L’Institut national de la recherche agronomique (Inra) tient à exprimer sa consternation face aux actes survenus ce dimanche 15 août au centre de Colmar (Alsace) où vers 5 heures du matin, une soixantaine d’individus sont venus y détruire un essai sur 70 porte-vignes génétiquement modifiés pour accroître leur résistance à une maladie de la vigne, le court-noué.

L’Inra estime que ces « faucheurs volontaires » contribuent, en s’attaquant à ce travail de la recherche publique, à répandre la peur en évoquant des risques environnementaux qui n’existent pas sur cet essai, alors que l’Inra essaie de déterminer, en toute indépendance, la pertinence et les risques éventuels de ce type de technologie dans la lutte contre le court-noué.

A ce titre, cet essai a été conçu, préparé et suivi par un comité local de suivi composé d’élus et de représentants du monde viticole, syndical et associatif (consommateurs, défenseurs de l’environnement).

Au global, cet essai ne présente aucun risque pour la sécurité environnementale. Des conditions strictes ont été prévues pour éviter tout risque de dissémination des gènes : les porte-greffes ne produisaient pas de fleurs et les inflorescences du greffon étaient éliminées avant floraison ; une bâche installée dans le sol retenait par ailleurs les nématodes, vers évoluant dans les racines de la vigne et qui transportent le virus du court-noué.

Autorisée en 2005 pour une période de 5 ans, cette expérimentation avait été saccagée par un individu isolé en septembre 2009, compromettant la production attendue de résultats scientifiques alors qu’elle avait permis un éclairage nouveau sur la variabilité et le fonctionnement dudit virus.

L’essai utilisant des porte-greffes OGM n’est qu’une des voies de recherche explorées, conformément aux engagements souscrits par l’Inra et le comité local de suivi. En outre, les chercheurs testent la résistance de porte-greffes non-OGM au virus du court-noué, avec un essai de lutte biologique visant à utiliser les propriétés «nématicides» de certaines plantes comme la tagète (Tagetes minuta). Il a également été mis en place en collaboration avec des viticulteurs.

L’ensemble des travaux menés vise à concevoir des moyens de lutte permettant aux viticulteurs de faire face à cette maladie, en évitant l’utilisation de produits de traitement reconnus comme hautement toxiques.

Réaction du gouvernement:

Jean-Louis BORLOO, Ministre d’État, Ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de la Mer, Valérie PÉCRESSE, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et Bruno LE MAIRE, Ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche, condamnent fermement la destruction volontaire de pieds de vigne transgénique survenue cette nuit dans l’unité de l’Institut national de recherche agronomique de Colmar.

Les ministres sont choqués de cet acte de dégradation scandaleux contre un essai exemplaire qui a su associer, notamment dans le cadre du Haut conseil des biotechnologies, scientifiques, organisations professionnelles agricoles, collectivités locales ainsi que les organisations non gouvernementales environnementales.

Ces recherches menées dans la plus grande transparence ne représentaient aucun risque ni pour la sécurité sanitaire ni environnementale. Les expérimentations au champ sur des plants génétiquement modifiés sont strictement réglementées. Des conditions strictes ont été prévues pour éviter tout risque de dissémination des transgènes : les porte-greffes ne produisaient pas de fleurs et les inflorescences du greffon étaient éliminées avant floraison ; une bâche installée dans le sol limitait le développement des racines.

Cette expérimentation était destinée à recueillir des données scientifiques précises en matière d’environnement, et tout particulièrement sur le virus du court-noué qui touche les pieds de vigne, et pour lequel il n’existe à ce jour aucun traitement.

Jean-Louis BORLOO, Valérie PÉCRESSE et Bruno LE MAIRE insistent sur la nécessité pour les scientifiques de pouvoir effectuer leurs travaux en toute sérénité, tout particulièrement lorsque les modalités de l’essai OGM ont fait l’objet d’un large consensus. Ils continueront à soutenir la recherche en biotechnologies, indispensable à l’avenir de l’agriculture.

Celle de la FNSEA

Protégeons les fruits de notre intelligence scientifique

La destruction d’une expérimentation sur 70 plants de vigne, dimanche 15 août à Colmar, porte un coup dur à l’ensemble de la recherche publique française. La FNSEA tient à dénoncer de tels actes qui visent à priver la France d’une recherche de haut niveau dans le domaine génétique.

L’essai saccagé ruine les espoirs des viticulteurs dont les plants sont attaqués par le redoutable virus du court-noué, contre lequel il n’existe pas à ce jour de traitement efficace. Tous les vignobles sont concernés par le dépérissement mortel créé par ce virus.
Les faucheurs d’espoir de progrès scientifique veulent laisser les viticulteurs dans l’impasse. Ceci est inadmissible !

La FNSEA apporte son soutien aux chercheurs et techniciens de l’INRA. Elle appelle le gouvernement à tout mettre en œuvre pour protéger les fruits de l’intelligence scientifique française et permettre aux agriculteurs d’en bénéficier dans le respect de la législation.
Il y va du maintien de notre potentiel de production et de notre indépendance en matière de technologies et de brevets.

Celle de la confédération paysanne

La fin d’une mise en scène publicitaire ?

La Confédération Paysanne rappelle son opposition aux essais OGM en plein champ et demande l’arrêt de toute poursuite contre les faucheurs volontaires qui ont neutralisé ce matin des pieds de vigne transgénique à l’INRA de Colmar.

La poursuite de cette opération destinée à faire accepter, par les viticulteurs et les citoyens français qui n’en veulent pas, les recherches sur la mise au point de plantes transgéniques cultivées dans les champs, n’avait aucun sens. Sans fleurs ni raisins qui n’auraient pu être laissés qu’en milieu confiné, cet essai ne pouvait en effet donner aucun résultat scientifique valable sur les risques de transmission de l’OGM au raisin et au vin, ni sur son efficacité dans la lutte contre le court noué après la floraison de la vigne.

La Confédération paysanne conteste le choix de l’INRA de consacrer une telle part de son budget en amélioration des plantes aux seules manipulations génétiques brevetées et de n’attribuer que quelques miettes aux programmes de recherche alternatifs respectant l’intégrité du vivant et sa libre disposition pour tous.

Pour ce faire, la recherche publique doit s’attacher à rester indépendante des pressions de l’argent au détriment de l’éthique, tout particulièrement actuellement. La recherche agronomique doit être centrée sur les besoins réels de l’agriculture paysanne : l’INRA doit redonner à l’agronomie la place qu’elle n’aurait jamais dû abandonner, hier à la chimie, aujourd’hui à la manipulation génétique.

C’est pourquoi la Confédération paysanne travaille avec l’INRA dans d’autres cadres, notamment un comité de liaison constructif qui se réunit plusieurs fois par an. Elle y fait valoir les besoins fondamentaux pour l’agriculture et l’alimentation, les paysans et la société, centrés sur une meilleure connaissance des processus biologiques et des savoir-faire paysans pour donner du sens à une recherche publique et citoyenne.


Gilbert

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